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85 articles avec romans

parler des livres

Publié le par Za

"Après le plaisir de posséder des livres, il n'y en a guère de plus doux que d'en parler. "
Charles Nodier, 1780-1844

N'est-ce pas,  Christine ?  Isn't it, Karen B. ?
Qu'y a-t-il en effet de plus agréable que de partager ses enthousiasmes, déceptions, énervements, souvenirs de lecture, rencontres de lecteurs, amitiés et connivences livresques... Pour ce qui est des déceptions ou des énervements, vous n'en verrez pas trace ici. Les livres qui me tombent des mains finissent dans le carton "à donner" et ciao!

Avant de m'attaquer aux Trois Mousquetaires & profitant des vacances puis d'un climat qui ne vous laisse guère qu'un choix: lire, j'ai fait la connaissance de Bartleby ("Herman Melville est un dieu" - Maurice Sendak). Un être énigmatique et minéral, qui vous laisse d'abord perplexe, puis vous angoisse un brin, avant de finalement vous hanter un chouïa, lui et  son "I would prefer not to", longtemps après avoir refermé le livre (belle édition d'ailleurs, Allia).

"I would prefer not to"... L'angoisse du traducteur...


bartleby003.jpg

Mais revenons à nos mousquetaires. Voici donc que je quitte à regrets Portos, Aramis et Athos. Surtout Athos... Pas d'Artagnan. N'en déplaise aux béarnophiles et vu de mes yeux anachroniques de femme du XXIème siècle (si, si, j'ai des yeux anachroniques ! Je suis sûre que personne ne l'avait remarqué et ça me vexe un peu...), ce d'Artagnan, quel mufle ! Un peu cornichon aussi, non ? Alors qu'Athos... Quelle classe... Même si, comme me l'a fait remarquer un ami cher et lecteur invétéré, "qu'est-ce qu'il picole !" J'en conviens.

 

Parler des livres... Que dire des Trois Mousquetaires ? Tout a été dit. Tu as raison Christine, il y a tout là-dedans: amour, humour, aventure, suspens... Ah, la fin de Milady... Quelle femme, cette Milady ! Et le dîner chez la maîtresse de Porthos... Le Cardinal...

Il y a, dans un coin du livre, une fable délicieuse à mes yeux anachroniques etc, etc...La voici:


"- Comme c'était au temps des guerres des catholiques contre les huguenots, et que [mon père] voyait les catholiques exterminer les huguenots et les huguenots exterminer les catholiques, le tout au nom de la religion, il s'était fait une croyance mixte, ce qui lui permettait d'être tantôt catholique, tantôt huguenot. Or, il se promenait habituellement, son escopette sur l'épaule, derrière les haies qui bordent les chemins, et quand il voyait venir un catholique seul, la religion protestante l'emportait aussitôt dans son esprit. Il abaissait son escopette dans la direction du voyageur; puis lorsqu'il était à dix pas de lui, il entamait un dialogue qui finissait toujours par l'abandon que le voyageur faisait de sa bourse pour sauver sa vie. Il va sans dire que lorsqu'il voyait venir un huguenot, il se sentait pris d'un zèle catholique si ardent, qu'il ne comprenait pas comment, un quart d'heure auparavant, il avait pu avoir des doutes sur la supériorité de notre sainte religion. Car moi, Monsieur, je suis catholique, mon père, fidèle à ses principes ayant fait mon frère aîné huguenot.
- Et comment a fini ce digne homme ? demanda d'Artagnan.
- Oh ! de la façon la plus malheureuse, Monsieur. Un jour, il s'était trouvé pris dans un chemin creux entre un huguenot et un catholique à qui il avait déjà eu affaire, et qui le reconnurent tous deux; de sorte qu'ils se réunirent contre lui et le pendirent à un arbre; puis ils vinrent se vanter de la belle équipée dans le cabaret du premier village où nous étions à boire, mon frère et moi.
- Et que fîtes-vous ? dit d'Artagnan.
- Nous les laissâmes dire, reprit Mousqueton. Puis, comme, en sortant de ce cabaret, ils prenaient chacun une route opposée, mon frère alla s'embusquer sur le chemin du catholique, et moi sur celui du protestant. Deux heures après, tout était fini, nous leur avions fait à chacun son affaire, tout en admirant la prévoyance de notre pauvre père qui avait pris la précaution de nous élever chacun dans une religion différente."




J'ai rejoint le défi:

et puis aussi celui-là:

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a witch !

Publié le par Za

Et voici un enfoncement de porte ouverte. Et largement ouverte même !

Aimer Roald Dahl n'est pas très original. Mais s'y plonger, y replonger est toujours un vrai moment de gourmandise. Après Fantastic Mr Fox, nous voici aux prises de redoutables Sorcières, horrifiquement illustrées par Quentin Blake (vrai génie à mon sens).

Mon moment préféré, un pur délice, se trouve page 11, alors que je lis, sans ciller, sans quitter le texte des yeux, en détachant chaque mot, d'une voix juste un petit peu plus grave, le passage suivant:


"Maintenant, vous savez que votre voisine de palier peut être une sorcière.
Ou bien la dame aux yeux brillants, assise en face de vous dans le bus, ce matin.
Ou cette femme au sourire éblouissant qui vous a offert un bonbon, au retour de l'école.
Ou encore (et ceci va vous faire sursauter !) votre charmante institutrice qui vous lit ce passage en ce moment même. Regardez-la attentivement. Elle sourit sûrement, comme si c'était absurde. Mais ne vous laissez pas embobiner. Elle est très habile.
Je ne suis pas, bien sûr, mais pas du tout, en train d'affirmer que votre maîtresse est une sorcière. Tout ce que je dis, c'est qu'elle est peut en être une. Incroyable ? ... mais pas impossible !"


Et là, je lève les yeux du livre et je remercie intérieurement Roald Dahl.
Merci.
Merci pour ces bouilles:

bouilles002.jpg

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans romans, Roald Dahl

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les grandes personnes, vaudrait mieux en faire de la soupe !

Publié le par Za

C'est le titre d'un livre de Guus Kuijer (qui parmi vous saurait le prononcer ?).

Énervement n°1:
Il est de bon ton, dans certains cercles littéraires de mépriser la littérature de jeunesse, d'en faire une sous-littérature mièvre et inutile, tant il est merveilleux de lire Dostoïevski à 12 ans ! J'exagère à peine, je l'ai entendu à la radio, il y a quelques temps, dans la bouche d'un philosophe connu. Et là, je me retrouve en train de crier à mon poste : " Et Ponti, et Ungerer, c'est des coureurs cyclistes, peut-être ?! "  Ridicule, d'autant que je suis seule dans la pièce, personne pour profiter de ce bel énervement... Habituellement, j'aime mieux quand il y a un peu de public...

Énervement n°2:
Moi - Tu avais un livre à lire pendant les vacances ?
Demoiselle L., élève de 6ème - Oui, plusieurs chapitres des Métamorphoses d'Ovide, j'ai rien compris, et on avait un DM (devoir à la maison) dessus..

Grrrrrr.... Est-il vraiment urgent de faire lire Ovide à des élèves de 6ème ? J'entends, sans les accompagner dans cette lecture, non, mais en leur confiant simplement le livre à la veille des vacances,  " vous me lirez ça pour la rentrée. Circulez". Comprenons-nous bien, je ne suis pas en train de vous refaire le plan de la Princesse de Clèves.. Je n'ai rien contre l'idée d'initier nos petits bouts de lecteurs aux bons vieux classiques. Moi même, en classe... Mais c'est une autre histoire... Pourrait-on au moins essayer de le faire moins brutalement, s'il vous plait...

Je me demande souvent comment on peut transmettre à son tour ce qui vous a été donné, un jour, avec générosité, le sourire au coin des lèvres, la connivence en plus ?  Qu'est-ce qui fait naître un lecteur curieux, avide, heureux ? Cultivé, certes, mais d'abord heureux !
Pour les petits, pas de doute, il faut leur donner des textes à entendre ( ce qui satisfait pleinement mon goût du one-maîtresse-show !). Tout est bon à prendre, tout est bon à lire: Marie-Aude Murail (first !), Roald Dahl (ah ! contrefairrre la voix de la Grrrandissime Sorrrcièrrre), les aventures d'Ulysse, Andersen, Fifi Brindacier, Alice au pays des merveilles, le Petit Nicolas (ça marche toujours très bien), Susie Morgenstern, les contes de tous les continents et de tous les temps, Peau d'Ane, la Barbe-Bleue, le Petit Poucet, le Minotaure, Jason et la toison d'or, Baba Yaga, Soundiata l'enfant-lion, Nasreddine Hodja... Je vous cite ceux-là parce que je les ai tous essayés, avec bonheur.

Tiens, en parlant de Nasreddine Hodja, l'autre matin, ouvrant le manuel de Français (Facettes/Hachette) avec mes CM1 pour chercher un exercice sur l'imparfait, visez un peu ce que j'ai trouvé:

jdarwiche054


Si, si ! Notre Jihad dans les manuels scolaires !!! Bon, cette phrase s'adresse un peu exclusivement à certains de  mes fidèles lecteurs & amis... Pour ceux ne le connaîtraient pas, Jihad Darwiche est sans conteste le meilleur conteur de tous les temps, et je n'exagère pas (comme si c'était mon genre, d'ailleurs...) ! Ses nombreux recueils de contes se trouvent  sur les rayonnages des (bonnes) bibliothèques & des (excellentes) librairies. C'est également un être humain comme on en croise rarement, un ami très cher, un frère.  
 http://www.mondoral.com/spip.php?rubrique97


http://www.actusf.com/spip/IMG/jpg/LeBonheurSansPrevenirMoyen.jpgMais revenons à Guus Kuijer, parce que  moi, j'aime les livres Guus Kuijer (et que je ne me lasse pas son nom...) !  Et, délice, parmi les nouveautés de ce printemps, avec les hirondelles qui ne manqueront pas de revenir investir  les poutres du porche de la maison, arrivera également  le nouveau Guus Kuijer: "Porté par le vent vers l'océan". C'est le quatrième tome des aventures de Polleke (traduit en Français par Pauline). Pauline a un PC (père compliqué) aux prises avec la drogue, une maman qui file le parfait (?) amour avec l'instituteur, un amoureux, Mimoun, des grands-parents à la campagne, un veau comme animal de compagnie.
Tout ça se passe aux Pays-Bas, dans un quartier populaire d'Amsterdam. Il est question d'amour, de famille, d'amitié, ça part dans tous les sens, c'est vivant, bref, ça décoiffe ! Guus Kuijer ne s'encombre pas de politiquement correct, de langue de bois gnan-gnan. Et, j'allais oublier, en plus, c'est drôle !

Les quatre tomes des aventures de Pauline (" Unis pour la vie", "La vie, ça vaut le coup", "Le bonheur surgit sans prévenir" (j'aime ce titre) et "Portés par le vent vers l'océan") sont édités par l'École des Loisirs.



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pourquoi j'ai aimé lire la Princesse de Clèves...

Publié le par Za

C'est l'histoire d'un livre qu'on traîne sur ses étagères depuis si longtemps... Je ne sais même pas d'où il vient, peut-être est-il hérité de la bibliothèque du 4 place Cassaignol, Narbonne, Aude.

Il est relié de cuir gris-bleu. Il a voyagé d'une maison à l'autre, d'un carton à l'autre. Il est de ces livres qu'on croit connaître tant il est classique, dont on a dû lire des extraits dans son Lagarde & Michard, mais sans aller jusqu'à l'ouvrir.

Et puis un beau matin, à la radio, j'entends qu'on suggère qu'il est ridicule de le lire à l'école... Et voilà la (mauvaise) raison qui me pousse à le chercher. Je le pose sur ma table de nuit, au sommet de la pile vertigineuse des livres à lire... où je l'oublie. Mais il figure pourtant en bonne place parmi ce que j'appelle "mes romans de la quarantaine". C'est mon syndrôme quarantenaire à moi. Je rattrappe mes lectures en retard: Proust, Dickens, Stevenson, Dumas, Melville...

Et puis, un jour, l'envie de prolonger une visite au Louvre et je me lance. A nous deux Princesse !  Ceci dit, j'aurais dû m'entrainer à l'apnée avant... C'est touffu, touffu, tarabiscoté...

Portrait-d-une-jeune-fille-de-la-maison-d-Este-vers-1433.jpg" Il y a des personnes à qui on n'ose donner d'autres marques de la passion qu'on a pour elles que par les choses qui ne les regardent point; et, n'osant leur faire paraitre qu'on les aime, on voudrait du moins qu'elles vissent que l'on ne veut ête aimé de personne.[...] Et ce qui marque mieux un véritable attachement, c'est de devenir entièrement opposé à ce que l'on était, et de n'avoir plus d'ambition, ni de plaisir, après avoir été toute sa vie occupé de l'un et de l'autre."

Mais il y a là ce que j'aime ( à petite dose, j'entends ): l'imparfait du subjonctif  et le point virgule...

Rien n'est dit, tout est corseté, les sentiments emmurés. On s'épie. Quelques regards déclenchent des cataclysmes. On se meurt de tristesse et d'amour.

" Je perds par mon imprudence le bonheur et la gloire d'être aimé de la plus aimable et de la plus estimable personne du monde; mais si j'avais perdu ce bonheur sans qu'elle en eût souffert et sans lui avoir donné une douleur mortelle, ce me serait une consolation; et je sens plus dans ce moment le mal que je lui ai fait que celui que je me suis fait auprès d'elle."

Et cette manière d'utiliser sans cesse la négation: "sa passion n'était point diminuée", "il ne lui était pas indifférent", "M. de Nemours n'était pas effacé de son coeur"...

Et quand je dis tarabiscoté: "La jalousie n'avait point de part à ce trouble: jamais mari n'a été si loin d'en prendre et jamais femme n'a été si loin d'en donner"...

Finalement, je ne sais pas tout à fait expliquer pourquoi cette lecture m'a emportée et ravie. Mais j'ai refermé à regrets le petit livre gris-bleu.

Le suivant, en haut de la pile ?
Les trois mousquetaires !!








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demain, c'est la rentrée...

Publié le

" - Moi, déclara Zazie, je veux aller à l'école jusqu'à soixante-cinq ans.
- Jusqu'à soixante-cinq ans ? répéta Gabriel un chouïa surpris.
- Oui, dit Zazie, je veux être institutrice.
- Ce n'est pas un mauvais métier, dit doucement Marceline. Y a la retraite. [...]
- Retraite mon cul, dit Zazie. Moi c'est pas pour la retraite que je veux être institutrice.

- Non, bien sûr, dit Gabriel, on s'en doute.
- Alors c'est pourquoi ? demanda Zazie.
- Tu vas nous expliquer ça. [...]
- Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu'auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.
- Eh bien, dit Gabriel.
- Je serai vache comme tout avec elles. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l'éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses. Parce que je porterai des bottes. En hiver. Hautes comme ça (geste). Avec des grands éperons pour leur larder la chair du derche.
- Tu sais, dit Gabriel avec calme, d'après ce que disent les journaux, c'est pas du tout dans ce sens-là que s'oriente l'éducation moderne. C'est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. N'est-ce pas, Marceline, qu'on dit ça dans le journal  ?
- Oui, répondit doucement Marceline. Mais toi, Zazie, est-ce qu'on t'a brutalisée à l'école ?
- Il aurait pas fallu voir.
-D'ailleurs, dit Gabriel, dans vingt ans, y aura plus d'institutrices: elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l'électronique, les trucs comme ça. [...]
- Alors, déclara [Zazie], je serai astronaute.
- Voilà, dit Gabriel approbativement. Voilà, faut être de son temps.
- Oui, continua Zazie, je serai astronaute pour aller faire chier     les Martiens."

Et ce fut écrit en 1959.  Après re-lecture du roman, je me suis demandée qui oserait encore le publier aujourd'hui, c'est tellement politiquement incorrect...

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