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85 articles avec romans

oh, boy !

Publié le par Za

oh, boy !

Peut-on s'appeler Venise Morlevent ?
Peut-on être orphelin, membre d'une fratrie indissociable, gravement malade, terriblement triste, surdoué, insolent, drôle, perdu, débordant d'amour, inconsolable et se relever de tout, guérir de tout ?
Oui.
Dans un roman de Marie-Aude Murail tout cela est possible.

"Oh, boy !" est un grand cru classé de 2000 - comment m'avait-il échappé, d'ailleurs ? Des personnages qui auraient pu être caricaturaux, des situations qui auraient pu être too much chez n'importe quel autre auteur.
Mais... Marie-Aude Murail.
Je sais, à ce niveau d'admiration, je ne réfléchis plus, comme on dit chez moi, je bade. Je scrute l'art du dialogue, j'épie le sens de la formule. Il y a de la légèreté dans le drame, une sorte d'empathie douce et bienveillante, sans complaisance, sans se vautrer dans le drame, qui pourtant est bien là.
Ce roman s'ouvre sur une magnifique citation de Romain Gary, du genre qui peut accompagner une vie entière: "L'humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive."

- Je ne sais pas de quoi vous parlez, répondit-il, le ton neutre.
- Que ta mère s'est tuée en buvant du Canard Vécé.
La douleur déchira le maigre corps de Siméon. Il comprenait enfin ces regards qu'on lui jetait, entre horreur et pitié, ces murmures qui s'éteignaient quand il entrait dans une pièce. Il prit le temps de sourire avant de répondre:
- N'importe quoi ! C'était du Décap four.
Le foyer de la Folie-Méricourt était un concentré de misère juvéniles. Mais ça, ça en imposait. Les deux garçons, bizarrement impressionnés, se collèrent au mur pour laisser passer Siméon. Quand celui-ci entra dans la salle du petit déjeuner, il vit tout de suite que les petites soeurs déjà attablées avaient pleuré.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il en s'asseyant devant son bol.
- C'est Dent-de-lapin, répondit Morgane. Il dit que Maman est morte parce qu'elle a... qu'elle a... bubu... bubu...
Elle se mit à sangloter, momentanément incapable de terminer la fin de sa phrase. Siméon se retourna vers sa petite soeur qui chuchota comme un secret honteux:
- Parce qu'elle a bu du Canard Vécé.
Siméon prit de nouveau le temps de sourire. C'était le truc qu'il avait pour préparer ses réponses lorsqu'il était un peu pris de court.
- N'importe quoi, dit-il avec autorité. On n'a jamais eu de canard Vécé à la maison.
- Ah bon, soupira Venise, pleinement réconfortée.

Oh, boy !
Marie-Aude Murail
L'école des loisirs, 2000

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ma rentrée littéraire

Publié le par Za

En ces temps de rentrée littéraire, ousk'il faut avoir lu ceci, avoir un avis sur cela, dans la jungle inextricable des centaines de livres indispensables qui sortent en septembre, juste au moment où on a le moins le temps de lire - d'ailleurs, c'est comme le cinéma: pourquoi l'été est-il un désert total de nouveaux et bons films, alors que c'est là que j'ai plein de baby-sitters volontaires sous la main... Bref, trop d'abondance nuit à l'envie. En fait, dans ces circonstances, je crois que je vais me planquer derrière un ou deux classiques, ou encore, derrière quelques livres confidentiels et introuvables, que moi seule aurait l'idée de lire...

 

Alors, allons-y dans l'inhabituel, lâchons-nous dans le pas commun, tentons le sommet du slow book... Et mettez ça, si ça vous fait plaisir, au crédit d'un séjour prolongé à mille mètres d'altitude, alors qu'habituellement je réside en des contrées dont le point culminant, le fier et définitif Mont Pagnotte, affiche crânement ses deux cent vingt mètres ! Je digresse, je digresse, surtout parce que je ne sais pas trop comment vous faire partager ma lecture du jour dont, en plus, le titre, un brin daté, risque d'en faire fuir certains, voire même de faire hurler de rire ceux qui n'auraient pas encore pris leurs jambes à leurs cou. Enfin, leurs yeux.

 

Allez, j'y vais.

 

Je viens de lire Rabiounel, berger d'Auvergne de Suzanne Robaglia, couronné par l'Académie française en 1935. Je vous épargne la couverture, très vilaine. Résumons: la couverture est moche, le titre pas engageant... Mais je l'ai ouvert,. Et une fois ouvert, je ne l'ai plus refermé. Je l'ai évidemment abordé sans aucune arrière pensée régionaliste qui ne ferait qu'appauvrir le texte.

 

 

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Ce recueil de courtes nouvelles, de récits de vie, s'inscrit dans un petit coin de monde, grand comme quelques champs, plat relatif au milieu des montagnes, battu par les vents glaciaux de l'hiver, coincé entre moutons et cailloux, égrainant les travaux et les saisons. Les hommes sont des revenants au sens propre du terme: revenus de la Grande Guerre ou revenus de Paris où ils ont trouvé du travail et laissé leur santé. Ils ont choisi de revenir vivre ici. Aux femmes les tâches agricoles et domestiques, les repas préparés qu'on ne prendra pas en commun... Suzanne Robaglia décrit ce quotidien intemporel de la Planèze dans la première moitié du XXème siècle, au plus près des gens, partageant son émerveillement pour un pays finalement plus vaste et moins simple qu'il n'y paraît.

 

"D'ailleurs, sur la Planèze, une incandescente blancheur brûle l'oeil attardé à la contempler; une poussière d'or tombe sur la neige, mêlée d'étoiles bleues, froides comme l'acier."

"Au-dessus des blocs basaltiques, les rochers se détachent en noir sur un ciel doré et rose, les petits arbres de pin ont des façons de genévriers et les genévriers des façons de fantômes noirs."

"À cette plénitude de la saison, il n'est plus donné de rien espérer, tout est définitif, chacun doit se contenter de récolter et déjà, dans la prévision des mauvais jours, de le faire vite."

 

Suzanne Robaglia est également l'auteur d'un ovni culinaire, Margaridou (préfacé à l'époque par Henri Pourrat),  journal d'une cuisinière scrupuleuse - hélas une fois encore laidement édité. 

"C'était des recettes parlées, avec des images de vie qu'il faut connaître pour les comprendre, c'était presque des contes de fées".

J'aime beaucoup cette idée d'une cuisine féerique - voir Christine Ferber et sa Cuisine des Fées.

 

On peut lire des extraits numérisés de Margaridou et de Rabiounel pour se faire une idée.

À quand une vrai belle réédition ?

 

 

Publié dans romans

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la controverse de Bethléem

Publié le par Za

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Toujours chez Actes Sud, La controverse de Bethléem.

Pourquoi ce livre a-t-il attiré mon oeil au milieu de tous les autres ? Le tableau du Greco y est certainement pour quelque chose. Le titre, rappelant la passionnante controverse de Valladolid... Il s'agit ici de la traduction du grec vers le latin des Évangiles par Jérôme au IVème  siècle. Les points qui l'opposent à Rufin d'Aquilée sont loin d'être anecdotiques: le péché, l'expiation, le sacrifice, le personnage du Diable... Tant de dogmes qui ont réglé la vie des chrétiens pendant les siècles et dont on découvre qu'ils étaient un peu flous à cette époque.  Cette controverse n'est pas anecdotique car la traduction de Jérôme est toujours la traduction en vigueur dans l'Église contemporaine. Ce roman-correspondance, qui court de 380 à 410, entre disputes et réconciliations, se lit d'une traite et nous fait vivre en direct l'invasion de l'actuelle Italie par les Wisigoths.

Moment savoureux, dont je ne sais que penser, sourire ou m'effrayer, l'évocation des ermites du désert, dont la vie de mortification repose là encore sur la traduction, l'interprétation d'un simple mot. Reclus dans des trous creusés dans le sol, enfermés volontaires dans des cages suspendues, broutant l'herbe à même le sol, les "stationnaires" dont certains, par le truchement d'une corde restent debout plusieurs années, les "stylitiques" vivant sur une colonne... Ces pratiques incroyables de mise à mal du corps pour la gloire de Dieu,  prêtent aujourd'hui à sourire et me rappelle l'indépassable, l'impayable Thérèse d'Avila vue par Claire Bretécher, à relire absolument. Mais j'ai un peu mauvais esprit, je sais...

 

 

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les beaux jours # 4

Publié le par Za

Lire, lire, lire, toujours... Quatre livres lus d'affilée quasiment sans respirer entre.

Août.

Sous le soleil du Cantal, mais pile dessous, dans les coins où il n'y a pas d'ombre et, du coup, supprimer sauvagement la sieste parce que c'est à cette heure-là que la lumière est la meilleure, à moins qu'il ne faille profiter des derniers rayons, assise dans l'herbe, un chat soudainement câlin pour reposer son dos...

 

Le cabas était plein, souvenez-vous... Mais j'avais tout lu en arrivant ici, ou presque...

Pour ce qui est des Vargas, Salut et Liberté est un recueil de nouvelles que j'avais déjà lues séparément. Bon. Les deux autres, des essais, me sont tombés des mains: trop bavard à mon goût.

 

J'ai repoussé ma lecture de Moby Dick à l'achat d'une nouvelle traduction. Snob, moi ? Que nenni ! Mais l'édition Folio est en fait une très ancienne traduction, sans doute passionnante mais finalement datée, arrêtez-moi si je blasphème (Jean Giono y a participé). De plus, et là, je fais ma chochotte, le rapport format/police est insupportable à mes petits yeux de quarantenaire pré-lunetteuse. Je les sens se pointer tranquillement au détour de l'automne, ces lunettes, sans anxiété - ça me donnera peut-être enfin  l'air sérieux (sait-on jamais...). J'ai donc commandé une autre édition/traduction. D'aucun pensant que ce texte est inépuisable, me voilà dans de beaux draps...

 

Tout étant lu, il a fallu donc procéder à un léger réapprovisionnement. Ah, l'affreux prétexte à deux sous pour aller discuter, découvrir, papoter, rencontrer, bavarder en des lieux très amis !

 

Alors en route pour un nouveau Monénembo, en passe de devenir un de mes auteurs de chevet...

 

 

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Je ne me lasse pas du style impitoyable de Tierno Monénembo qui s'attaque ici au portrait d'un homme pris au piège de la tradition et de la modernité, impuissant à décider de son parcours, perdu aux confins de l'administration et de la corruption. Monénembo navigue entre vitriol et compassion (merveilleux personnage du fou).

 

"Des vallées escarpées, prêtant généreusement leurs flancs à de folles chutes d'eau. Des monticules dodus, des plaines à perte de vue, inondées par des fleuves nourris... Des boeufs roux, mauves, gris ou tachetés, paissant dans les plaines, dans les vallons, en troupeaux serrés, comme semés par une main large. Du riz, du fonia, de la belle herbe verte; une panoplie de tiges et de feuilles, d'épis et de lianes, l'atmosphère gorgée d'une saisissante odeur de terre et de bouse de vache."

 

 

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Peuls, Tierno Monénembo

Publié le par Za

La grande histoire des Peuls commence par un choix impossible pour un père: choisir entre ses deux fils aînés, jumeaux. Un récit qui roule sans s'arrêter une seconde du XVème siècle  jusqu'à aujourd'hui, sans repos, une route ininterrompue de paroles, d'hommes et de femmes, de railleries, de mort, d'errance, de jalousies...

 

peuls

 

"La nuit est vaste, obscure, profonde. Ses mystères peuvent contenir la douleur et l'indicible. Le jour est trop clair, trop évident, trop fragile. Il est interdit de conter, le jour; de forniquer, le jour; d'offrir des libations, le jour; d'évoquer les morts, les sujets qui fâchent ou quoi que ce soit de pénible et de contrariant, le jour."

 

 

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Thierry Jonquet, 1954 - 2009

Publié le par Za

C'était il y a longtemps, à Gardanne, Bouches du Rhône. Un festival, Polar sur la ville ou quelque chose comme ça. Et là, sur un podium, assis côte à côte, Patrick Raynal, Jean-Claude Izzo, Didier Daeninckx et Thierry Jonquet. Je suis assise par terre, au premier rang, abasourdie par cette brochette de pointures, ma bibliothèque noire devant moi, en chair et en os. Trop beau.

 

C'était dimanche dernier, une balade sur le site de la canadienne librairie Monet, une édition de poche regroupant plusieurs romans de Jonquet et le commentaire qui va avec: Thierry Jonquet nous ayant quitté l’année dernière, il ne nous reste plus qu’à relire ses romans devenus des classiques. Folio ressort dans un recueil quatre de ses romans noirs : Mygale, L’orpailleur, Moloch et La Bête et la belle. Pour découvrir ou redécouvrir un des grands du polar français !

 

Et voilà.

Moi et ma manie de n'être au courant de rien.

Tout ça n'est pas sérieux.

Relire d'urgence.

 

Engagé, c'est comme ça qu'on dit, un auteur engagé. Éveillé, aux aguets, sur le chemin du ronde à scruter le monde et ses locataires. Témoin impitoyable des soubresauts de notre société, de ses absurdités et des ses chienneries. Sentinelle jusqu'au bout avec Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, titre magnifique emprunté à Victor Hugo (À ceux qu'on foule aux pieds), il n'y a pas de hasard à l'admiration.

 

Alors, je me plante devant une étagère pas très rangée, et ils sont là, nombreux, un peu partout.

 

 

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J'ai dû commencer par La vie de ma mère, sur les conseils de V. (s'en souvient-il?), à une époque où je découvrais les murs riants d'une SEGPA, décor de ce roman. La mienne était marseillaise. Puis il y a eu Moloch et son premier chapitre en forme d'uppercut. Et vite, les Orpailleurs, que je place tout en haut de l'oeuvre de Jonquet. Ces deux livres abritent les impayables et désormais éternels Rovère, Pluvinage, Dimeglio...

 

Le relire alors, toujours et encore et se mentir un peu en gardant ce rendez-vous régulier du temps où on sortait de la librairie avec le nouveau Jonquet sous le bras...

 

 

Publié dans romans

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Fifi Brindacier

Publié le par Za

Un grand classique, relu/lu avec bonheur, en compagnie de vingt-huit paires d'oreilles, toutes accros à la rouquine !!

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Pipi Långstrump se paie le luxe d'avoir désormais quelque chose comme 65 ans... et pas une ride, pas un cheveu blanc dans ses nattes carotte. Une éternelle jeunesse, une insolence toujours moderne, comme une cousine de notre Zazie ( je viens de me rendre compte qu'elles étaient voisines dans ma bibliothèque).

 

Fifi est absolument, parfaitement libre. 

 

Pas d'école.

"Tu comprends, mademoiselle, quand on a une maman qui est un ange et un papa qui est roi des cannibales et quand on a passé sa vie à courir les océans, eh bien on ne sait pas très bien se tenir à l'école [...] "

La maîtresse dit qu'elle comprenait et qu'elle n'était plus triste pour Fifi. Fifi pourrait peut-être revenir à l'école quand elle serait un petit peu plus grande. Fifi, rayonnant de joie, dit alors:

"Je trouve que tu es drôlement gentille, mademoiselle. Tiens, c'est pour toi!"

Fifi sortit de sa poche une magnifique montre en or et la déposa sur le bureau. La maîtresse dit qu'elle ne pouvait accepter un tel cadeau. Fifi l'interrompit:

"Il le faut ! Sinon, je reviendrai demain ! Et je te promets que ce sera le bazar !"


Pas de parents non plus. Un singe, M. Nilsson, et un cheval qu'elle peut porter à bout de bras, car Fifi est d'une force colossale, ce qui vaudra quelques ennuis à Arthur le costaud, l'Hercule du cirque..

 

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Fifi ne connaît pas les bonnes manières - ce qui fait le sel de ses aventures - tout en le reconnaissant parfois avec tristesse.

Fifi la regarda avec étonnement et ses yeux se remplirent de larmes.

"C'est bien ce que je pensais, je ne sais pas me tenir comme il faut ! C'est même pas la peine d'essayer, je n'y arriverai jamais. J'aurais dû rester en mer, sur le bateau."

 

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Fifi est d'une naïveté parfaite. Elle fait danser la polka aux deux voleurs venus cambrioler sa maison, sans imaginer le moins du monde la raison de leur intrusion. Elle sauve deux enfants des flammes dans la plus totale inconscience du danger.

J'imagine la stupeur et la jubilation des enfants de 1945, découvrant ce texte ébouriffant. La traduction semble indiquer une grande liberté de ton et de vocabulaire. En parlant de liberté, que pensez-vous de cette photo, tirée du feuilleton diffusé en 1968, réalisé avec l'assentiment et les encouragements de l'auteur ... Une rediffusion de cet épisode serait-elle possible aujourd'hui...

 

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Certains ont voulu faire de Fifi une féministe. Il est vrai qu'elle est téméraire, remuante, des vertus encore aujourd'hui davantage tolérées lorsqu'elles se manifestent chez les petits garçons. Mais Fifi n'est pas un garçon manqué, c'est une fille absolument réussie, qui bouscule involontairement l'ordre établi, les conventions communément admises, sans jamais nuire aux autres. Au pire fera-t-elle enrager les adultes...

 

[     C'est à se demander parfois ce que c'est qu'une petite fille, ce que l'on attend qu'elle soit, on - c'est à dire nous tous. J'y pense parce que les responsables chargés des activités périscolaires de mon école organisent, pour la fin de l'année, un concours de pom-pom girls, et que ça m'énerve au plus haut point !

       Quelle éducation les filles reçoivent-elles, en terme d'image et d'attitude ? Entendu récemment au sujet d'une demoiselle de cinq ans: "c'est pas une fille, elle a des voitures, elle ne s'intéresse pas aux poupées. Regarde, elle ne joue qu'avec des garçons !" Au secours !! Doit-on complaire les filles dans la mièvrerie, le gnangnan généralisé ? Ou, autre tendance lourde du moment, les propulser en espèce de pré-ados de neuf ans ? Quels modèles leur propose-t-on ? Sachant que, pour nombre d'entre elles, les modèles en question sont majoritairement véhiculés par la télévision... Quel genre de super-héro parental faut-il être pour leur éviter ces écueils et leur permettre de ne pas trop se scotcher aux stéréotypes ?

       Fin de la digression et revenons, à Fifi qui à l'époque, n'avait évidemment pas la télé, ce qui la plaçait d'office à l'abri de la bêtise et de la vulgarité... ]

 

"Sa robe était fort curieuse. Fifi l'avait faite elle-même. Elle aurait dû être bleue, mais, à court de tissu bleu, Fifi avait décidé d'y coudre des petits morceaux rouges çà et là. Elle portait des bas - un marron, un noir - sur ses grandes jambes maigres. Et puis, elle était chaussée de souliers noirs deux fois trop grands pour elle. Son papa les lui avait achetés en Amérique du Sud pour que les pieds de Fifi aient la place de grandir un peu. Fifi n'en avait jamais voulu une autre paire."

Et lorsque Fifi fait des efforts de toilette, non pas pour plaire, mais pour paraître chic, c'est ainsi:

"Pour une fois ses cheveux roux tombaient librement sur ses épaules et formaient comme une crinière de lion. Elle avait passé du rouge sur ses lèvres - avec une craie rouge vif - et elle s'était fardée les paupières - avec du charbon -, de sorte qu'elle avait l'air fort menaçante. Sans oublier les gros rubans verts sur ses chaussures."

 

Quand je vous dis libre... Fifi apporte la fantaisie, un vent frais de liberté à ses voisins Tommy et Annika, fascinés et envieux, autant que les petits lecteurs de 2010.

 

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En faisant quelques recherches sur cette star mondialement connue, j'ai découvert que le maître Hayao Miyazaki s'était intéressé à elle, dans les années soixante-dix. Travaillant à une adaptation, il s'est même déplacé jusqu'en Suède pour y rencontrer Astrid Lindgren. Malheureusement pour nous, il n'a jamais obtenu les droits et le projet est tombé à l'eau... On peut en voir quelques images sur le site Ghibli World, à la date du 4 mai.

 

 

Pour finir, j'aime beaucoup cette photo d'Astrid Lindgren, comme un dernier clin d'oeil à son héroïne...

 

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http://img.over-blog.com/300x116/2/99/28/34/divers/defi_classique.jpg

Publié dans romans, Astrid Lindgren

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le coeur cousu

Publié le par Za

Allez, je me lance.

coeur-cousu.jpg L’idée, ce n’est pas forcément d’écrire une bafouille sur chaque livre lu. Mais quand même, celui-là… Et ce faisant, en se baladant sur la blogosphère, c’est fou le nombre de billets qu’on a peut trouver sur ce livre !  Moulon de prix (pour un premier roman), bouche à oreille fulgurant… et je n’en avais jamais entendu parler. Alors d’abord, merci à qui  me l’a conseillé !

 

Le cœur cousu, donc.

 

Le goût du soleil et de la poussière chaude.

 

Une histoire de transmission d’une mère à ses filles, où l’on hérite de la douleur, mais aussi de la liberté. Frasquita Carasco reçoit le don de coudre, broder, raccommoder les étoffes, les vies, les chairs. Durant toute la première partie, j’ai eu en tête les tableaux de Frida Kahlo : les couleurs, le sang, le cœur cousu dans la poitrine de la Vierge, les enfantements successifs.

 

Frida Kahlo le due frida

 

 

Frida-Diego-in-my-mind.jpg

 

 

La deuxième partie inscrit ce récit intemporel dans l’Histoire (les anarchistes, les allusions à Bakounine). Pour autant, les fantômes, les incantations, les miracles laissent au surnaturel une place centrale dans l'histoire. Mais c’est un surnaturel du quotidien, de l’amour, de l’enfance, du soin prodigué par lequel Frasquita poursuit son œuvre de couturière nomade.

Le dernier tiers du récit se déroule en Afrique du Nord. Une Afrique qui ressemble encore tellement à l’Espagne, escagassée de lumière et de chaleur. Les enfants ont grandi, chacun à sa manière, avec son don/malédiction.

 

Cette couturière ne pouvait que me toucher, me rappeler à ces liens du fil à coudre, à broder, du fil de laine à tricoter...

 

Au détour d'une page, un petit chapitre de deux pages, l'air de rien, m'a explosé en plein coeur:

 

"Des choses sacrées se murmurent dans l'ombre des cuisines.

Au fond des vieilles casseroles, dans des odeurs d'épices, magie et recettes se côtoient. l'art culinaire des femmes regorge de mystère et de poésie.

Tout nous est enseigné à la fois: l'intensité du feu, l'eau du puits, la chaleur du fer, la blancheur des draps, les fragrances, les proportions, les prières, les morts, l'aiguille, et le fil... et le fil.

Parfois, des profondeurs d'une marmite de fonte surgit quelque figure desséchée. Une aïeule anonyme m'observe qui a tant su, tant vu, tant tu, tant enduré. [...]

Opposant à la réalité une résistance têtue, nos mères ont fini par courber la surface du monde du fond de leur cuisine."


 

Chaque livre ayant sa petite musique à lui, c’est vers elle que ce roman m’a emportée :

 

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Alice the movie, Alice the book

Publié le par Za

Alice, the movie...

Mouais...

 

Pas déçue des décors, non. Les forêts tarabiscotées de Tim Burton sont bien là et l'arbre de Sleepy Hollow nous fait de l'oeil. Les fleurs, les champignons sont tels que je les attendais: hallucinogènes, rien qu'à les regarder.Jusque là, tout va bien.

Pas déçue des costumes, des couleurs, non plus. Une explosion psychédélique, violette, orange, rouge, juste comme j'en rêvais.

Pas déçue de Johnny Depp (comment serait-ce possible ?) - parfait jusqu'à l'hommage rendu à sa merveilleuse moitié (les dents du chapelier fou, son sourire).

 

 

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La tête d'Helena Bonham-Carter est parfaitement effrayante et grotesque, Anne Hataway est une reine blanche aussi exaspérante que son pendant inverse, la reine de coeur. Le lapin blanc est tout mignon comme il faut, la chenille et le chat du Cheshire, épatants. Tim Burton est allé chercher des détails, des images, des mots (le Bandersnatch) dans les deux textes de Lewis Caroll.

 

Alors pourquoi suis-je sortie déçue, ennuyée d'être déçue, déçue de m'être ennuyée ? Deviendrais-je rabat-joie, voire snob avec l'âge, l'ai-je toujours été ? Ne répondez pas, merci.

 

Je m'attendais en fait à ce que Tim Burton entraîne Alice vers davantage de noirceur, vers ce ricanement que j'aime chez lui, depuis les impayables martiens de Mars Attacks jusqu'aux glaçantes Noces funèbres. Et dans l'univers d'Alice, il y avait de quoi faire ! Du noir, du cauchemardesque, de l'oppressant...

 

Et puis le scénario... On connaît Alice par Reine de coeur.

Ou du moins, on connaît le dessin animé de Walt Disney...

 

 

(just for my very dear friend Karen B.)

Pourquoi Tim Burton nous entraîne-t-il du côté de l'héroïc fantasy... Le combat d'Alice est inspiré du dessin de John Tenniel, qui illustra l'édition originale, si je ne me trompe:
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L'épée vorpaline ("He took his vorpal sword in hand...") devient une sorte d'Excalibur bien briquée et rien ne nous est plus alors épargné, jusqu'au combat dans la tour en ruines, avec montée et descente d'escalier, le classique... Et le premier quart d'heure... Je passe, tellement c'est curieux de trouver ça là.
Intriguée par l'intrigue (!), j'ai tiré de leur étagère, où ils dormaient côte à côte sous un peu de poussière (et alors?), une vieille édition d'Alice au pays des merveilles &  De l'autre côté du miroir en français, et son pendant en anglais. Oui, oui, lecteur fidèle, tu as bien lu, je me lance dans la VO, non sans appréhension, mais j'y vais !
Première difficulté pour moi, Lewis Caroll est un tritureur de la langue et moi, je ne sais pas faire la différence entre un mot anglais lewiscarollement bidouillé et un mot anglais que je ne comprends pas parce que je ne le connais pas... Exemple pour anglophone confirmé (voire natif):
"T'was brillig, and the slithy toves
Did gyre and gimble in the wabe:
All mimsy were the borogoves,
And the mome raths outgrabe."

Ah, les mome raths... Que nous retrouvons ici, d'ailleurs:
...où là, au deuxième plan ("Well, a rath is a sort of green pig: but mome I'm not certain about. I think it's short for from home - meaning that they'd lost their way, you know.")

mome-raths015.jpg
J'aime beaucoup cette illustration (toujours John Tenniel, 1865), un peu Jérôme Bosch, non ?
Vaguement perdue dans tout ça, j'ai adopté une lecture en double, jonglant d'un livre à l'autre, pas pratique quand on lit au lit (en fait, je viens d'inventer l'édition bilingue pour lecteur muni de plusieurs bras)...  Et je ne les ai plus lâchés, les deux, l'angliche et l'autre, ma béquille, ma roue de secours.
Cette lecture peut avoir l'effet d'un stage d'apnée, tant le texte est touffu, bavard (au bon sens du terme). Le rêve/cauchemar est là, sans queue ni tête, sans début ni fin, sans limites que celles du plateau d'un jeu d'échecs absurde et impitoyable ("Off with his head !"). Les gigots et les puddings parlent, les brebis tricotent au fond d'une obscure boutique où coule une rivière, les chevaliers tombent de leur cheval en déclamant des vers obscurs...
Alors, ne vous étonnez pas, les un(e)s & les autres, si un jour je vous salue d'un "You can't think how glad I am to see you again, you dear old thing !" (the Duchess to Alice), ce sera juste une reminiscence, l'envie parfois de passer de l'autre côté du miroir...J'en garde aussi la certitude qu'il faut croire au moins une fois par jour à quelque chose d'impossible, j'y travaille, j'y travaille...
"...when I was your age, [said the Queen], (...) sometimes, I've believed as many as six impossible things before breakfast."

"Dreaming as the days go by,
 Dreaming as the summers die:
 Ever drifting down the stream-
 Lingering in the golden gleam-
 Life, what is it but a dream ?"

http://idata.over-blog.com/2/99/28/34/divers/defi_classique.jpg

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la douane volante

Publié le par Za

Un titre mystérieux pour un livre qui ne l'est pas moins.

J'ai souvent beaucoup aimé les albums de François Place:

 


http://ecx.images-amazon.com/images/I/613xawOTZhL._SS500_.jpg
http://ecx.images-amazon.com/images/I/51A4YWzDb2L._SS400_.jpg



http://ecx.images-amazon.com/images/I/51TT9G6BXvL._SS500_.jpgLà, c'est un roman qui nous attend.


http://ecx.images-amazon.com/images/I/512vBVmEpLL._SS500_.jpg

Le récit débute en Bretagne en 1914. Le personnage noir de la couverture, en décalage avec le début du récit et l'époque évoquée nous amène doucement vers des atmosphères de brumes, de pierre, d'eau, où la mer se confond avec les canaux. Car Gwen le Tousseux, le jeune héros de ce roman, semble avoir voyagé dans le temps, emporté par une sinistre charrette noire... Il croisera sur sa route des médecins, des voleurs,  un oiseau attachant et grotesque, des enfants semblant tout droits sortis d'un roman de Dickens et l'inquiétante,  l'omniprésente Douane volante...

 

Le style de François Place colle aux atmosphères froides et cotonneuses de son récit, atmosphères contrastant avec la violence des situations, des rapports humains, des personnages. Les phrases ciselées, polies,  soupesées, sont un vrai bonheur de lecture, dont on aimerait souligner et garder certains passages pour être sûr de pouvoir les relire plus tard:

 

" Long, long, très long voyage, et la voûte si près du crâne, la fatigue plaintive de l'essieu, le grincement des roues et le vacarme de leurs grands cercles de fer, les pas lourds du cheval, le bois qui gémit à chaque ressaut de la descente, et le noir absolu dans lequel tout cela se propage, et qui fait qu'on est soi-même pierre, sabot, bois, fer, et tête de douleur."

 

" On reprit notre lente glissade que la brume rendait fantomatique. La plate, dans ce grand silence ouaté, semblait flotter dans l'espace, appuyée sur son reflet."

 

"Si belles, si sages, toutes ces façades. Rien qu'à les regarder, je savais que je me cognerai contre."

 

J'ai lu après coup que François Place s'était inspiré d'un tableau du peintre Jan van Goyen.

http://www.essentialvermeer.com/dutch-painters/dutchimages_two/van_goyen_c.jpg


http://images.artnet.com/artwork_images_767_450160_janjosefszvan-goyen.jpg

 

Ces belles et inquiétantes façades de briques m'en ont rappelé d'autres, pas si lointaines dans le temps, si proches de mon coeur...

 

IMG_0396.JPG

 

"La douane volante" est publiée par Gallimard Jeunesse (à partir de 12/13 ans).

 

 

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