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15 articles avec gallimard

Georgia

Publié le par Za

Georgia

Par où commencer ?
Allons-y pour un teaser une bande-annonce.

L'histoire d'abord. Lorsque Georgia emménage dans ce grand appartement avec sa tante, elle vient d'être séparée de ses soeurs. On imagine combien les valises doivent être lourdes, nul besoin de s'appesantir. Elle débarque là, accompagnée de rêves bruyants, encombrants et colorés - gloire à Benjamin Chaud !  L'illustrateur creuse ici du côté de l'invisible, ajoute au texte un pan de fantaisie et de joyeux désordre.

Georgia

Derrière un des murs de cet appartement, quelqu'un joue du violon toutes les nuits. Et Georgia, entre ses rêves et la musique, s'enferme, inquiète sa tante. Avec ce violoniste, c'est un pan de fantastique qui s'impose. Un musicien venu d'un autre temps et qui révèle à Georgia ce qu'elle sera, ce qu'elle est déjà : une chanteuse.

Georgia

Des albums-CD, livres-disques, albums musicaux, on en a écouté des charrettes, avec plus ou moins de bonheur, des chansons plaquées sur un texte, des textes adaptés à des univers classiques... Ici, l'équilibre est parfait et fait de Georgia une expérience immersive. Une trentaine de chansons, un beau travail d'équipe orchestré par Albin de la Simone. Et des interprètes au diapason : Ariane Moffat, Rosemary Stanley, Pauline Croze, Emilie Loizeau, Alain Chamfort... Un beau mélange de pop et de jazz, saupoudré des belles voix lyriques de Karine Deshayes et de Magali Léger, de la maîtrise de Paris.

Cécile de France prête sa voix à l'héroïne, avec simplicité et justesse. Elle est accompagnée avec douceur et bienveillance par Anny Duperey, marraine de l'Association SOS Villages d'enfants.
A mille lieux des textes à thèmes, pouah beurk, Georgia fait preuve d'une saine complexité, entremêlant deux histoires, sans crainte la profondeur, la complexité. L'histoire de Georgia va vous enrubanner tranquillement et vous emmener bien loin de la réalité. Mais tout doucement, l'air de rien et tout vous paraîtra aller de soi, l'incroyable et le merveilleux.

Georgia - Tous mes rêves chantent
Timothée de Fombelle & Benjamin Chaud
Gallimard Jeunesse
novembre 2016

logo challenge albums 2017

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1723 pages

Publié le par Za

Moi, l'été, je tourne des pages.

Za, blogueuse et lectrice impénitente

1723 pages

Intrigante, accrocheuse, cette couverture. Et l'annonce d'un roman dont l'héroïne est un gorille femelle, n'en parlons pas. Alors, on tourne autour, on l'ouvre, et on est embarqué par une histoire formidable, à mi-chemin entre l'intrigue policière et le roman d'aventure, formidable galerie de portraits, de la chanteuse de fado au maharadja.

1723 pages

Sally Jones, puisque c'est son nom, sait lire, écrire, manie la clé à molette avec génie. Mécanicienne à bord du Song of Limerick, elle est plongée dans une sombre histoire de complot (mais une histoire de complot n'est-elle pas toujours sombre ?) qui voit le capitaine Koskela accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Sally Jones n'aura de cesse que de prouver son innocence. Et c'est parti pour une enquête hors norme, menée - à la première personne - par l'intelligente et courageuse Sally Jones. 
Retenez le nom de Jakob Wegelius, auteur illustrateur suédois, à qui l'on doit aussi les images qui ouvrent le livre, les en-tête de chapitres.  Le 5 octobre paraitra Sally Jones, La grande aventure, récit qui se situe chronologiquement avant ce roman.

Sally Jones
Jakob Wegelius
traduit par Agneta Ségol & Marianne Ségol-Samoy
Editions Thierry Magnier, 2016

 

1723 pages

Et de 3 ! Miss Peregrine sera donc une trilogie. Ce dernier opus plonge le lecteur dans un univers encore une fois fort différent des précédents, Miss Peregrine et les enfants particuliers et Hollow City. Jack et Emma sont sur les traces de Miss Peregrine, des Ombrunes et des Particuliers enlevés par les Estres et sous bonne garde de redoutables Sépulcreux - ami lecteur, si tu n'as pas encore lu Ransom Riggs, cette phrase te paraitra sans doute obscure, j'ai fait exprès. Voici nos héros évoluant dans une version parallèle des bas-fonds de Londres, l'Arpent du Diable - nul doute que Ransom Riggs ait lu Le peuple d'en bas de Jack London. La bibliothèque des âmes est de loin le roman plus sombre de la série. Il galope sans un temps mort vers le dénouement dont je ne dévoilerai évidemment rien, même si, je l'avoue, il mitige un peu l'enthousiasme que j'aurai pu avoir pour ces enfants particuliers. Les photographies sont toujours-là, étranges et inquiétantes. Elles demeurent la marque de fabrique de ces romans à l'univers taillé sur mesure pour Tim Burton, évidemment. Rendez-vous le 5 octobre pour le film... Tiens, le même jour que la sortie des pré-aventures de Sally Jones...

Miss Peregrine et les enfants particuliers
La bibliothèque des âmes
Ransom Riggs
traduit par Sidonie Van den Dries
Bayard Jeunesse, 2016

 

1723 pages

Si, comme moi, vous avez dévoré le premier tome, Les fiancés de l'hiver, vous devriez retrouver avec plaisir Ophélie, la passe-miroir.  On ne peut que s'attacher à cette anti-héroïne maladroite, déterminée, à l'écharpe tout droit sortie d'un roman de Boris Vian. Christelle Dabos creuse avec bonheur le sillon du premier tome. Chaque lieu est un personnage à part entière, doté de ses propres pouvoirs, tout comme les protagonistes de cette histoire. Une enquête policière s'entremêle cette fois aux intrigues de cour. On évolue sans peine d'un ascenseur à un autre, d'un miroir à l'autre, dans la citacielle hostile et baroque de Farouk, l'esprit de famille du Pôle. Les faux-semblants s'accumulent, les coups de théâtre tiennent en haleine. Les disparus du Clairdelune  est un roman immersif et terriblement efficace. Et n'oublions pas la magnifique couverture signée Laurent Gapaillard !

La passe-miroir
Les disparus du Clairdelune, tome 2
Christelle Dabos
Gallimard Jeunesse, 2015

 

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la guerre des bisous

Publié le par Za

Allez, zou, on commence cette nouvelle année avec un truc qui en jette, qui place ce nouvel an sous le signe de la rigolade, et du bisou, du bécot, du bec, du poutou. Parce que par chez moi, on fait des poutous.

la guerre des bisous

Ça commence par un gros bécot dans la salle de sport, un geste spontané qui sème la pagaille. On peut, on peut pas ? Lili avait-elle le droit d'embrasser Jojo ? De bisou en bisou, la contagion gagne, sort de l'école tourneboulée par tant d'effusions pour gagner la ville, le pays, le monde !

la guerre des bisous

La directrice, ça l'a énervée, parce qu'elle n'avait pas encore fait de bisou, alors, elle est sortie en courant dans la cour et a embrassé monsieur Bernard, le surveillant. Monsieur Bernard, il a bien aimé ça, alors, il a rendu son bisou à la directrice, et ça a duré longtemps, longtemps.
Ils ont même pas vu qu'il y avait tous les parents dehors qui venaient de rentrer pour chercher leurs enfants. Mai au lieu de se mettre en colère et de se dire : c'est un scandale ! ils se sont fait des bisous entre eux.

Vincent Cuvellier signe ici un texte sans chichis, qui parlera à beaucoup et fera rigoler les autres. Le dessin de Suzanne Arhex remue, vit, court, boulègue dans tous les sens. Foisonnant au fil des pages, il brosse une galerie de portraits tout à fait réjouissante, des jeunes, des vieux, des gros, des maigres... Tout ce monde, bestioles et gens, s'embrasse sans préjugés, pas parce qu'on milite, non, juste pour s'embrasser en se foutant des règles communes de l'embrassage. J'aime particulièrement la scène de la manif, les pas contents réduits à l'impuissance par cette vague poutouneuse !

la guerre des bisous

Et pendant ce temps-là, dans le coin en bas à gauche, un autre histoire se déroule sans parole, malicieuse comme tout...

la guerre des bisous

Sur ce, je vous embrasse, non sans vous avoir conseillé de lire l'emballement de la Soupe de l'Espace pour cet album épatant !

La guerre des bisous
Vincent Cuvellier & Suzanne Arhex
Gallimard Jeunesse Giboulées
septembre 2014

Et voici donc ma première participation de cette année au...

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Catherine Certitude

Publié le par Za

"A la proue du bateau voguant vers l'Amérique,
Surtout n'oubliez pas les amis de Paris,
Car, si New-York est belle et Broadway féérique,
Il ne faut pas renier notre parc Montsouris."

(poème de Monsieur Castérade)

Catherine Certitude

Dans ce monde où il est si tendance de brailler à la décadence de notre pays, de notre société,
dans ce monde littéraire où les coup éditoriaux et les meilleures ventes se calculent en litres de fiel,
dans ce monde de lecteurs - mais vont-ils vraiment les lire - où on engloutit la bile d'un ex première dame avant de se faire un rail de la peur et de la mauvaise foi d'un chroniqueur cathodique,
le prix Nobel de Patrick Modiano fait du bien.

Rendre ainsi hommage à un homme discret qui écrit sur la pointe des pieds, en s'en excusant presque, qui bâtit une oeuvre sans se répandre, tout cela est suffisamment rare pour qu'on s'y arrête un moment.

Et pourquoi pas pour relire Catherine Certitude.
 

Catherine Certitude

Catherine Certitude est née d'une rencontre dans Paris, trop belle pour être vraie, que raconte Sempé.
"Ils [Patrick Modiano et sa femme] étaient à une centaine de mètres. Je me suis dit, cette fois, c'est moi qui propose qu'on travaille tous les deux. Et je vais même inventer le sujet! Ma fille s'appelait "Catherine" à l'époque - elle a depuis choisi le beau prénom de sa grand-mère, Inga - et elle me séduisait par son aplomb, ses enthousiasmes. Il m'arrivait, pour rire, de l'appeler "Catherine Certitude". Quand je suis arrivé à la hauteur des Modiano, avant que Dominique ouvre la bouche, j'ai dit, sûr de moi: "Alors, voilà, nous allons écrire l'histoire d'une petite fille, danseuse, myope, qui porte des lunettes, qui va partir à New York, et qui s'appelle "Catherine Certitude". Maintenant, on s'y met!" (Sempé, Un peu de Paris et d'ailleurs, éd. Martine Gossieaux, 2011)

Catherine Certitude

Catherine est une merveille de petite fille, frêle, dont le portrait effleure à peine le papier. Elle est myope, comme son père. Et comme lui, elle a un truc imparrable pour changer le monde...

Je me souviens qu'à l'époque de Madame Dismaïlova, je m'exerçais pendant la journée à ne plus porter mes lunettes. Les contours des gens et des choses perdaient leur acuité, tout devenait flou, les sons eux-mêmes étaient de plus en plus étouffés. Le monde, quand je le voyais sans lunettes, n'avait plus d'aspérités, il était aussi doux et aussi duveteux qu'un gros oreiller contre lequel j'appuyais ma joue, et je finissais par m'endormir.

La mère de Catherine est danseuse, américaine, et elle est partie, ce n'est pas très clair, ça non plus, le mal du pays, ou autre chose de plus compliqué... Alors Catherine vit avec son père, une vie pimentée de la folie douce de cet homme doux. Mais elle danse elle aussi. Et sans lunettes, forcément.
L'univers de Catherine tient dans le Xème arrondissement de Paris, dans des crépuscules citadins, entre le magasin "Casterade & Certitude", le studio de danse, les bistrots, l'école.

Catherine Certitude

On lit ce court roman en fondant de tendresse pour les personnages si touchants, si vrais. La légèreté du dessin de Sempé affirme encore l'élégance du propos, la douceur, le charme qui s'en dégagent.

Catherine Certitude
Patrick Modiano & Jean-Jacques Sempé
Gallimard, 1988
folio junior, 1998

Pour finir, je me permets d'emprunter une image à Elise Gravel, une image qui se passe de commentaire.

Catherine Certitude

Et comme c'est aujourd'hui ton anniversaire, je te dédie, sorella mia, cette chronique, que tu liras là-bas, au pays de la maman de Catherine Certitude.

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les minuscules

Publié le par Za

Il y a ceux qui ont lu Tobie Lolness avant, ceux qui l'ont lu après, ceux qui ne connaissent pas ce texte de Roald Dahl, ceux qui ne peuvent envisager pas qu'il n'ait occupé un coin de l'esprit de Timothée de Fombelle. Je suis de ceux qui pensent qu'en matière de littérature, on n'invente rien ou si peu, qu'on récolte ce que d'autres ont semé et que c'est très bien comme ça, qu'il y a des filiations entre auteurs, à suivre comme des fils d'Ariane.

Les Minuscules (The Minpins) est le dernier texte de Roald Dahl. Il sera publié en 1991, un an après sa mort. C'est l'un des seuls livres qui ne sera pas illustré par Quentin Blake, ce qui aurait pu m'attrister un brin...

 

les minuscules

La forêt est le lieu fantasmatique par excellence. La sagesse populaire sait qu'il est dangereux d'y trainer, petit pot de beurre ou non. Alors lorsque la mère de Petit Louis (Little Billy) lui interdit absolument de pousser la porte du jardin, d'aller voir ce qui se trouve au-delà de la nature domestiquée, la tentation est trop forte. La forêt est parée de tous les  mystères. Jusqu'à son nom, la Forêt Interdite, qui est une provocation. Dès la première page, on sait que Petit Louis désobéira à sa mère et sera livré à la bête mythologique, comme Poucet et tant d'autres avant lui, sans quoi il n'y aurait pas d'histoire.

Gustave Doré - Le petit Poucet

Gustave Doré - Le petit Poucet

L'inévitable prend ici la forme d'un dragon invisible, crachant une fumée brûlante, une haleine empoisonnée. On lui avait donc dit vrai ! Petit Billy ne devra son salut qu'aux branches basses d'un arbre qui lui tend les bras pour qu'il grimpe jusqu'à la cime. Et c'est là que survient l'incroyable, la rencontre avec le petit peuple de l'arbre, une minuscule société, confortablement installée au creux de l'arbre, ne posant jamais le pied au sol. Petit Louis découvre là une civilisation entière, cachée, vivant en symbiose avec les oiseaux. Débute alors une aventure haletante.

Les Minuscules est un de ces trésors de l'enfance absolument indispensables, vraiment à part dans l'oeuvre de Dahl, car débarrassé du côté grinçant des ses romans et nouvelles. Le recul est à chercher dans l'appropriation des mythes et classiques : le dragon, la forêt, David contre Goliath, le Petit chaperon rouge, jusqu'au Merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Dahl affirme ici le pouvoir de l'imagination de l'enfant contre la rationalité de l'adulte, mais surtout il nous parle de l'enfance qui s'éloigne, à l'image du cygne qui bientôt ne pourra plus porter Petit Louis sur son dos.

Les illustrations de Patrick Benson renforcent la délicatesse du propos. Au plus près des Minuscules, il nous montre leurs intérieurs douillets, le foisonnement de l'arbre, la présence du monstre à travers ses exhalaisons enflammées. Le dessin à la plume est précis, vivant, d'une grande bienveillance, mais sait se mettre au diapason de l'aventure.

Je m'en voudrais d'oublier ici l'élégante traduction de Marie Farré qui donne à ce texte toute la fluidité nécessaire à la lecture à voix haute qu'on ne manquera pas d'offrir aux plus jeunes.

J'ai lu ce texte dans l'édition de 1991, un album de format moyen qui rend justice aux illustrations. On le trouve aujourd'hui dans une édition de poche nettement moins confortable.

Voir ici la lecture qu'en fait Céline.

 

Les Minuscules (The Minpins)

Roald Dahl

illustré par Patrick Benson

traduction de Marie Farré

publié en 1991

par Jonathan Cape Ltd pour l'édition anglaise

Gallimard pour l'édition française

Folio Cadet

 

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trois fois Bergounioux

Publié le par Za

2 querelles

"Diderot se retrouve en prison pour avoir hasardé qu'il était beaucoup plus important de distinguer la ciguë du persil que de croire en Dieu."

 

Comme on s'octroie parfois des gourmandises, trois Bergounioux à la suite. Je n'explique pas pourquoi ce style m'emporte. La précision, le rythme, cette manière d'aller au bout de l'idée, de la sensation. De ne  lâcher  le mot que lorsqu'il a tout donné de son sens, de sa matière. 

Mais écrire sur Bergounioux est juste au-delà de ce que je suis capable d'écrire.

Dire l'art de Bergounioux est juste au-delà de ce que je suis capable de dire.

 

Deux querelles.

La première est la querelle entre le philosophe et l'écrivain, entre la philosophie et la littérature, celle d'avant l'Odyssée, d'avant Gilgamesh même, celle des récits premiers. Puis l'autre querelle, qui oppose l'idée anglo-saxonne de liberté à l'idée de liberté à la française.

Un essai court et dense qui se lit et se relit pour le plaisir pur des idées et des mots.

Éditions Cécile Defaut, 2009.


 


chasseur à la manque

 L'intrusion d'une bête sauvage, la rencontre impromptue ou le long tête à tête, de loin, avec une cétoine dorée, celle-là même du grand sylvain, un écureuil, un bouvreuil, un sanglier, d'innombrables poissons. Et puis la lecture des récits des grands chasseurs aventuriers, de ceux qui traquaient le lion, le rhinocéros, le buffle... Alors, un jour, vers onze ans, l'envie de troquer la canne à pêche contre le fusil vient naturellement, dans ce pays dont Bergounioux est constitué, sculpté, pétri.

"J'ai vu le jour, si l'on peut ainsi parler dans la zone hirsute, cabossée, ombreuse, comprimée entre l'Auvergne cloquée, noircie par le feu central et l'Aquitaine qui est, comme son nom l'indique, le pays de l'eau. Les vieux noms accrochés au paysage accusaient son emprise sur la vie, expliquaient les puissants tropismes que Bachelard a inventoriés dans un style unique, hautement paysan."

 

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Un fusil accompagne alors, sans raison, les expéditions sérieuses au long des ruisseaux. C'est lui qui fait que l'on épie différemment le moindre bruit et que ce bruit devient la possibilité d'une bête légendaire.

Philippe Ségéral illustre ce texte de dessins à la mine de plomb où se côtoient des carpes incertaines et la majesté d'un vieux sanglier solitaire, la noblesse d'un brocard.

 

brocard060.jpg

 

"Rien ne m'avait préparé à la mort sanglante que j'allais administrer. Je ne voyais pas ma cible. L'écureuil a fait un bond prodigieux avant de retomber sur le sable où il n'a plus bougé. Je ne parvenais pas à croire qu'il était à ma disposition. J'aimerais bien, maintenant, n'avoir jamais tiré. Mais je sais aussi de quelle infirmité profonde j'avais été instantanément lavé, quelles privations, misère, ignorance congénitale ont été, d'un coup balayées. Lorsque j'ai tendu la main pour saisir le petit corps, c'était comme en rêve ou bien comme lorsque l'hiver enfantin avait figé la rivière, cassé nos encriers, cloué au sol les oiseaux. Mais c'était différent, aussi. La dépouille était chaude, poissée de sang. J'en avais plein les doigts. C'est alors que j'ai mesuré ce que j'avais fait, découvert la blessure en plein coeur." Chasseur à la manque, Gallimard, collection le Promeneur, 2010

 

Le Bois du Chapitre est un chemin vers la réalité. Depuis le monument aux morts de Brive, les commémorations du onze novembre, les Poilus de moins en moins nombreux, puis les livres, les cartes, les noms - Douaumont, Vaux - les photos plongées dans d'éternels crépuscules, les masques à gaz, les silhouettes perdues... Le Bois du Chapitre est un chemin vers les champs de bataille de la Première guerre mondiale, ou ce qu'il en reste. Des champs de bataille retournés à la nature, des bois vides et absents.

 

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"On est de trop. Ce que [la terre] pouvait accepter des hommes, elle l'a subi une bonne fois pour toutes. Elle les a accueillis en son sein en plus grand nombre qu'il n'en pouvait contenir. Elle en est pétrie, saturée, faite. Il n'y a plus place pour nous, pour rien, pour personne, ici. On ne peut que se taire et puis se retirer. "  Éditions Théodore Balmoral, 1996

 

Cette écriture m'impressionne, me laisse sans voix. Lire Bergounioux est un long éblouissement, une jubilation qui demeure longtemps après avoir refermé le livre.

 

 

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en cuisine avec Alain Passard (rien que le titre, c'est un fantasme...)

Publié le par Za

RHÂÂÂ !!

 

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Lorsque j'ai aperçu cette couverture dans un magazine, je n'en ai pas cru mes mirettes. Chouette, une nouvelle BD de Christophe Blain ! Et un album dont le sujet est ... Alain Passard ! Et c'est là que j'ai poussé le rhâââ du début, avant de retrouver mon légendaire sang-froid - tout en sautillant légèrement quand même.

 

Une rencontre au long cours entre le dessinateur et le cuisinier, et qui donne un album truffé de recettes. Depuis des années, Alain Passard travaille les légumes comme personne, goûts, textures, couleurs, mariages audacieux, inattendus, allant jusqu'à fournir lui-même son restaurant parisien l'Arpège, grâce à la production de ses trois potagers.

 

Christophe Blain se met en scène dans le rôle du Candide découvrant les cuisines d'un grand restaurant, les papilles à l'envers, émerveillé devant la création à l'oeuvre.

 

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*La tomate est farcie de fruits (pomme, poire...) avec des épices (clou de girofle, vanille, gingembre...)

 

Passard est un vrai personnage, lyrique, sans cesse en mouvement, une imagination toujours en marche.

 

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Cet album se lit d'une traite, l'eau à la bouche.

 

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l'arbre rouge, un dragon et quelques poules...

Publié le par Za

Samedi dernier, Petitou avait des sous à dépenser à la librairie... Alors, pendant qu'il furetait dans les rayonnages, eh bien, j'ai fait pareil. Et d'album en album, j'ai fini par tomber sur ça:

 

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Le choc.

Peu de mots. Une atmosphère.

 

 

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Une petite bonne femme trimballe sa mélancolie, sa douce tristesse, les yeux baissés, dans des décors oppressants, inquiétants, sans que rien laisse à penser qu'il pourrait y avoir un peu d'espoir... Sauf qu'à la dernière page... Plongez-vous dans les somptueuses et subtiles illustrations de Shaun Tan, qui expriment si bien le poids du monde, sa démesure et sa folie et laissez-vous embarquer dans cette poésie douce amère. Un album pour les grands, Gallimard Jeunesse.

 

 

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Et Petitou, me direz-vous, qu'a-t-il choisi ? Des petites poules bien sûr ! Un poule tous et tous poule un ! Ici, on les aime bien les malignes petites bêtes, Carmen, Carmelito, Belino... C'est drôle, vif, plein de références... Un succès mérité pour les  deux Christian, Heinrich et Jolibois.

 

 

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Et comme avec vingt euros, des fois, on peut se payer deux livres -  j'ai dit : des fois - on est aussi rentrés avec Zébulon le dragon, de Julia Donaldson et Axel Scheffler, les heureux parents du Gruffalo (qui n'est jamais très loin, d'ailleurs). Zébulon n'est pas l'élève le plus doué de l'école des dragons. Tiens, encore des dragons à l'école ? Et oui, mais ceux-là sont à la mode Scheffler, colorés et foutraques. Zébulon ne serait jamais le premier de la classe sans un petit coup de pouce clandestin... Une histoire où les dragons ne sont pas ce que l'on croit et où les princesses bousculent un peu les idées reçues !

 

 

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tranchecaille

Publié le par Za

1917

L'offensive du Chemin des Dames charrie la boucherie que l'on sait. Le soldat Jonas, surnommé Tranchecaille, est accusé du meurtre de son officier. Le capitaine Duparc est chargé de sa défense. Le conseil de guerre approche.

 

Les voix des protagonistes de cette affaire à l'issue trop certaine se répondent dans de courts chapitres de quelques pages à peine. Des voix sorties des tranchées, de l'arrière, émergeant de l'absurdité glaciale de cette guerre. Le portrait du soldat Jonas se construit par touches contradictoires. Qui est-il ? Un pauvre gars, égaré comme les autres, avec son uniforme trop grand, dans une horreur qui le dépasse... Ou est-il un véritable assassin...

"Tenez, sa façon de saluer. de la main gauche. Et de présenter les armes à l'envers. Elle lui a valu je ne sais combien de motifs. Croyez-vous que ça y a changé quelque chose ? Il n'était pas plutôt sorti du gnouf que le premier gradé croisé, pan ! la main gauche. Pourquoi pas la crosse en l'air ? Mais voilà, Jonas est gaucher. Un vrai gaucher, dyslexique. De ceux qu'il ne faut pas contrarier à ce qu'en disent les bonnes âmes. Il finissait par convaincre que s'il ne se corrigeait pas, ce n'était nullement par mauvais esprit, mais parce qu'il en était incapable."


Le récit avance au gré des offensives, des morts par centaines. Qui échappera à la tuerie ?  Mais même en survivant, y échappe-t-on vraiment ? "Vous avez connu l'horreur, les copains hachés par la mitraille. Les corps qui se décomposent, pendus aux barbelés, les mourants qui appellent leur mère, des jours durant, entre les lignes, jusqu'à ce qu'un tir les achève. Parce qu'il faut bien que quelqu'un le fasse, mon Dieu. Et ce quelqu'un, c'est vous."


Mais la vraie question qui hante les officiers, au front et à l'arrière, c'est le moral des troupes, les tentations de rébellion, de désertion. Tout est bon pour étouffer dans l'oeuf les tentatives de fraternisation avec l'ennemi.On se parle d'une tranchée à l'autre, on ne s'envoie pas que des grenades, pas que de la mort, on s'envoie du tabac, du chocolat, du schnaps, avant de recommencer à s'étriper.

"Cette guerre s'éternise, les hommes renâclent. L'insubordination... les mutineries... les fraternisations, même. La dernière en date a eu lieu dans le secteur. je ne vous apprends rien, je pense. Nos soldats ont échangé de la nourriture avec l'ennemi. Ils ont fini par la manger ensemble... Il faut casser ça tout net. Pas un régiment n'est à l'abri. On commence par s'échanger du chocolat, on finit par zigouiller ses supérieurs."

 

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La force de ce livre est dans ces voix mêlées, accablées, dans la faconde des discours, dans leur froideur calculée, dans l'écriture magnifique de Patrick Pécherot.

"Les sillons sont abreuvés de sang impur à flanquer la courante. La grosse colique pierreuse. Avec l'argile jaune et les mottes bien noires qui vous giclent à la gueule. Sur les casques, la caillasse tambourine. Ça lansquine dru, des silex et des sédiments. Le minéral est chamboulé dans les profondeurs. Il en est soufflé. Il crache des fossiles et des ossements. C'est la nuit des temps qui tombe."


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l'homme de paille

Publié le par Za

 

Vous faites quoi, vous, lorsqu'au dos d'un album vous lisez ce genre de choses : "Grand-père glissait bien. Peut-être est-ce pour cela que je l'aimais."

Et si, en plus, à auteur, on découvre François Morel ?

Eh bien moi, j'ai tendance à me ruer...

 

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Gallimard Jeunesse, 2002 (toujours disponible)

 

Lorsque le grand-père est mort, le petit fils n'était pas encore né. Alors le père l'a empaillé. Il fallait bien le conserver, le garder près de soi pour la suite. Et puis un grand-père empaillé, ça peut rendre encore tellement de service...

 

Ce bien curieux texte est un genre d'ovni que je ne rangerai pas forcément tout de suite dans les albums de Petitou. Peut-être ai-je tort... Stéphane Girel l'a habillé d'illustrations crépusculo-neigeuses un peu glaçantes mais parfaites dans leur genre !  Voilà donc cette histoire rangée dans mes albums! 

 

 

De François Morel, j'avais adoré le spectacle "les Habits du dimanche". Il est de ces auteurs jamais très loin de l'enfance, mais de la vraie, celle qui grignote les croûtes de ses genoux, celle qui ne hurle pas d'épouvante devant un rat plus ou moins aplati au bord de la route, ou une taupe curieusement coupée en deux au milieu du chemin, mais s'intéresse plutôt au tableau, à l'effet produit - c'est du vécu petitouïen...

 

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En fait, cette lecture serait pile raccord avec mon humeur du moment. Chuis pas d'humeur joyeuse, c'est définitif. J'ai froid. Il fait moche. Hier, si ça intéresse quelqu'un,  j'ai sauvé un ver de terre maousse qui traversait la rue. C'est dire si je touche le fond... Je l'ai ramené dans le jardin pensant lui faire plaisir, en le portant sur un bout de carton. Comme cet ingrat tardait à s'enfouir dans la terre, de guerre lasse, je l'ai laissé sous l'arbre. Il y a aussi que je commençais à trouver dégoûtant de le voir se trémousser entre les feuilles mortes. À cette heure, dégourdi comme il avait l'air, de deux choses l'une : soit il est mort de froid (je ne suis pas retournée voir), soit il est parti engraisser un des merles du quartier...
À part ça, quelqu'un aurait-il quelque chose de rigolo à lire ?

 

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