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190 articles avec albums

SLPJ, plus communément appelé Montreuil

Publié le par Za

T'es à Montreuil cette année ?
Ouais, évidemment !
C'est vrai qu'on s'en voudrait de louper ce léger rendez-vous qu'ont honoré cette année pas moins de 180 000 visiteurs. 180 000... Ça ferait une belle manif, non ? J'imagine bien les slogans...

 ! des livres pour tous !
! laissez-nous lire !
! travailler moins pour lire plus !
! littérature générale !

Ouais, ce serait chouette.

L'affiche était cette année un dessin de Loren Capelli tirée de l'album "Cap !", paru aux Éditions Courtes et Longues (2019).

L'affiche était cette année un dessin de Loren Capelli tirée de l'album "Cap !", paru aux Éditions Courtes et Longues (2019).

Cette année, ce salon avait un petit goût bien agréable, puisque, pour la première fois, sur un présentoir du stand Magnard Jeunesse, il y avait...

Mon ch'tiot roman à moi, Le couscous de Noël (au cas où vous auriez raté l'article précédent)

Mon ch'tiot roman à moi, Le couscous de Noël (au cas où vous auriez raté l'article précédent)

Le tote bag de l'année !

Le tote bag de l'année !

Pas la peine de raconter la journée (éreintante), dans le bruit et la chaleur. Encore que. Mon nouveau petit statut d'auteure m'aura valu cette année l'incommensurable privilège de pouvoir... laisser mon manteau sous une table de stand. C'est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup : liberté de mouvement, du genre bouger les bras, gain de quelques degrés. Un petit rien qui suffit pour parcourir les allées d'un pas allègre.
Au début, on se dit toujours qu'on va feuilleter trouze mille alboumes, faire des découvertes de trésors préciosissimes que personne d'autre n'aura vu, vu que j'ai un oeil de lynx. Et puis le soir, estramassés dans le métro-train du retour, on se repasse le film des sourires et des poutous, et on pense finalement moins aux livres qu'aux gens, et c'est bien. 
Alors, cette année, et ils se reconnaitront s'ils me lisent ici, j'ai eu le bonheur de croiser, retrouver ou rencontrer Bertrand, Marie-France, Jean, Germain, Gabriel, Sandra, Mélanie, Lucie, Paul, Hélène, Geneviève...
Et une fois rentrés, on vide les sacs...

SLPJ, plus communément appelé Montreuil

Côté fiston 1er...

SLPJ, plus communément appelé Montreuil

Magus Of The Library - Mitsu Izumi (Ki-oon)
L'héritage des rois passeurs - Manon Fargetton (Bragelonne) - avec dédicace !
SuperS - Frédéric Maupomé/Dawid (Les éditions de la gouttière) - avec dédicace aussi !
La roue du temps - Robert Jordan (Bragelonne)
L'homme rune - Peter V Brett (Bragelonne) - offert pour l'achat des deux premiers !

J'ai retrouvé avec plaisir les héros de SuperS pour ce dernier opus avant de nouvelles aventures. Un cinquième tome très malin, sans manichéisme. Intelligent, quoi.

Quant à moi...

SLPJ, plus communément appelé Montreuil

Gâteau aux pommes - Dawn Casey/Geneviève Godbout (La Pastèque) - dédicacé !
Sans foi ni loi - Marion Brunet (PKJ) - Pépite d'Or du SLPJ
Si l'on me tend l'oreille - Hélène Vignal (Le Rouergue) - dédicacé aussi !
Les jardins statuaires - Jacques Abeille (Le tripode)
Bienvenue à Oswald - Célia Garino (Éditions Courtes et Longues) - décicacé encore !
La tempête des échos - Christelle Dabos (Gallimard) - quatrième et dernier tome de la Passe-miroir, pas dédicacé puisque son auteure n'a pu se rendre au salon, au grand désespoir de ses fans, mais sûr qu'il y aurait eu une file plus longue que pour Shannon Messenger ! J'dis ça... 

Voilà, Montreuil se termine. Nous voilà prêt.e.s pour une nouvelle année de lectures, d'écriture, de découvertes !

 

Publié dans albums, romans, Montreuil

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et Montreuil !

Publié le par Za

et Montreuil !

Tu te sens pas vide, toi ?
Si, un peu. Ça fait toujours ça après Montreuil, non ?
Ouais...

Montreuil, c'est du bruit. Le vrombissement permanent d'un truc qui s'apprêterait à décoller sans jamais le faire, une ruche bruissante de gens de tous âges.
Montreuil, c'est la chaleur d'un plein été où on porterait des pulls parce qu'on est en décembre.
Alors, Montreuil, au bout d'un moment, ça exténue. Voire ça énerve. Mais pas tant que ça finalement. Parce qu'il faut l'avouer, allez, on adore ça !
On aime que ce soit blindé de monde, de familles, d'enfants dans tous les coins qui trépignent devant un livre. Qui n'a jamais fait de caprice parce qu'il voulait un livre me jette le premier Journal de Gurty !
On aime sentir bouillonner les imaginations et bourdonner les mots, gratter les crayons et glisser les feutres. Pendant quelques heures, on infuse, comme le dit Fiston. On jubile. On s'enthousiasme, parce qu'on est comme ça : on aime admirer
Et puis cette idée que tout le monde est réuni là pour la même idée d'offrir de bons et beaux livres à tous - et pas qu'aux enfants, et dans des formes très diverses - joyeux euphémisme. Alors, on s'agace parfois au détour d'une allée. Mais c'est quoi c'te merdouille ?!! Pour tomber en arrêt trois mètres plus loin. Mais c'est quoi c'te merveille ?!!

et Montreuil !

Les montreuillophiles que nous sommes ne sont pas dupes, on est informés et vigilants, on connait la situation des auteurs et illustrateurs, on connait la mauvaise foi crasse qui accompagne la présence sur le salon d'un espace sponsorisé par un cador de la malbouffe, on sait que tout n'est pas rose au SLPJ.
Pourtant, une fois encore, alors que la liste de ce qu'on a loupé s'allonge dans le métro/train du retour, le bilan de cette année est encore teinté de trop peu, et l'envie de se faire deux jours l'an prochain se précise...

et Montreuil !

Le butin de Fiston
Le journal d'un ingénu (Emile Bravo/Dupuis)
Le projet Starpoint - Le réveil des Adjinns (Marie-Lorna Vaconsin/La belle colère), Gardiens des cités perdues t. 7- Réminiscences (Shannon Messenger/Lumen)
Le monde des Ferals - L'essaim mortel (Jakob Grey/PKJ)

et Montreuil !

Le butin de Za
Zette et Zotte à l'uzine (Elsa Valentin & Fabienne Cinquin,
L'atelier du poisson soluble)
C'est ainsi que nous habitons le monde (Alain Serres & Nathalie Novi,
Rue du Monde)
XOX et OXO (Gille Bachelet, Seuil Jeunesse)
Les amours d'un fantôme en temps de guerre (Nicolas de Crécy, Albin Michel)
Le seul et unique Ivan (Katherine Applegate, Seuil)
La Volte (Yann Fastier, Talents Hauts)

et deux images de la Maison est en carton !

Publié dans in my heart, romans, albums

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les riches heures de Jacominus Gainsborough

Publié le par Za

les riches heures de Jacominus Gainsborough

J'ai toujours un moment d'arrêt avant d'ouvrir un album de Rébecca Dautremer. Comme une timidité mêlée d'avant-joie parce que je sais que ça va être bien, que je vais y revenir, y passer du temps. D'ailleurs, je ne l'ouvre pas si je n'ai pas un minimum de temps devant moi. C'est bien le moins. Et puis, il ne faut pas oublier le temps nécessaire à l'après lecture, le moment du "pfiouuuuuuu", "la vache !", "eh ben dis-donc !", le temps de se remettre...
Dans le cas des Très riches heures de Jacominus Gainsborough, on aura aussi besoin d'y retourner pour fouiller, scruter le détail, humer l'ambiance, oublier l'histoire pour se promener dans le livre comme dans une exposition, puis retourner à l'histoire, menue et universelle.
Dans l'introduction de cet album, Rébecca Dautremer s'adresse à son lecteur, petit ou grand. Elle rassure le lecteur adulte : oui, ce livre d'images est fait pour lui. Et c'est bien l'art de cette immense dessinatrice que de réunir les générations, de ravir les petits, d'émerveiller les grands.

Bien sûr, comme à chacun de nous, une place était destinée à Jacominus dans ce monde.
Il lui fallut du temps pour en être sûr.
Et encore davantage pour la trouver.

les riches heures de Jacominus Gainsborough

Pour la première fois, Rébecca Dautremer raconte l'histoire d'un animal en l'humanisant, dans un monde d'animaux sur leurs deux pattes, vêtu d'habits chatoyants, dans un style de début de XXème siècle. Jacominus naît entouré, très entouré même, famille, amis, présents sur les somptueuses doubles pages qui donnent une profondeur inouïe à ce récit de vie. Le mignon lapin débute dans la vie par un accident, qui le laisse marqué mais ne l'empêchera pas de mener une vie à sa mesure. Rien de grandiose, mais un destin troublé par son époque.

les riches heures de Jacominus Gainsborough

Le rythme du récit est donné par l'organisation de l'album : l'alternance de pages de texte illustrées à gauche par un portrait de Jacominus qui grandit, vieillit, deux sections présentées comme des pêle-mêle, puis de doubles pages accompagnées d'un texte bref calé au-dessous. Et ce sont bien sûr ces pages-là qui coupent le souffle, qui ralentissent considérablement la lecture - mais pour la bonne cause. Tellement qu'on se promet de relire le texte depuis le début. On peut jouer au jeu des références : Brueghel, Bosch... Mais c'est la maîtrise technique qui époustoufle, l'intention derrière la virtuosité. Jamais de mièvrerie mais de la douceur. L'amour, la nostalgie, le courage, la tristesse, la beauté de la nature, tout est ici parfaitement traduit.
Les très riches heures de Jacominus Gainsborough est une nouvelle pierre sur le chemin des lecteurs fidèles de Rébecca Dautremer ou une parfaite entrée en matière pour les autres. Le Cabas lui décerne le statut d'ALBOOM! - un truc qui n'arrive pas tout les quatre matins.

les riches heures de Jacominus Gainsborough

Les très riches heures de Jacominus Gainborough
Rébecca Dautremer
Sarbacane, 2018

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deux filles chez Grasset Jeunesse

Publié le par Za

deux filles chez Grasset Jeunesse

Mais quel titre ! Ma sœur est une brute épaisse !
Immédiatement, on pense à quelqu'une qu'on a connu, qu'on côtoie, à sa propre sœur, voire même à soi, c'est selon.
La sœur en question, on la trouve d'abord sur la couverture, l'air décidé, les poings sur les hanches. Le narrateur, un mignon bien tranquille aux cheveux joliment fluos voit sa vie chahutée par cette petite sœur bien remuante. Chaque moment de tranquillité est troublé par cette tornade tonitruante, goulue, éclaboussante, renversante, en un mot pénible, en un autre mot vivante. Mais finalement, n'est-elle pas rassurante, par sa simple présence ?

deux filles chez Grasset Jeunesse

Une petite fille aussi radicalement turbulente, ce n'est pas si souvent qu'on en rencontre dans les alboumes. Il y a eu de célèbres précédentes dans la bêtisette et la liberté, de Sophie et ses malheurs à l'incomparable Fifi Brindacier. Le frère est, lui, un exemple de sagesse. Voilà qui est bien agréable pour chacun : on a le droit d'être un garçon calme, qui aime lire et déguster ses petits-beurres en commençant par les coins; on a le droit d'être une fille et de vivre à cent à l'heure, de manger salement, de sauter dans les flaques.
Les découpages vitaminés de Sandrine Bonini rendent à merveille le mouvement des personnages, leurs disputes avant le retour au calme.

Ma soeur est une brute épaisse
Alice de Nussy & Sandrine Bonini
Grasset Jeunesse, mai 2018

deux filles chez Grasset Jeunesse

Hello ! Moi, C'est Suzie.
Ce que j'aime, c'est aider.
En fait, je suis la meilleure aideuse du monde.

Suzie, son truc, c'est aider, prendre des initiatives. Partout et tout le temps, elle aide. Elle fait aussi dans le genre remuant, une idée à la minute, faire les courses, les déballer, organiser, ranger, maquiller mamie et coiffer papy pendant leur sieste... Et tout cela dans le but de bien faire, évidemment !
Le contraste entre le texte à la première personne - qui traduit les intentions de Suzie, et les images qui montrent les résultats de ses actions, est tout à fait réjouissant. On s'amuse franchement à voir la petite demoiselle bouleverser le calme de sa famille, y apporter du piment. Les personnages sont croqués très simplement, au plus près de l'expression, du mouvement. Le dessin va au plus efficace dans une économie de détails et une palette de couleurs joliment contrastée.
Ces deux albums sont finalement complémentaires - le premier dans un genre pop et très contemporain, le second sur un versant plus humoristique.

Suzie
Sophy Henn
Grasset Jeunesse, janvier 2018

 

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deux ours

Publié le par Za

Il y a documentaire et documentaire. En voici deux pas banals, mêlant information et poésie avec bonheur.

deux ours

L'ourse voit arriver l'automne. Elle est seule et semble accomplir un rituel qui la mènera vers l'hiver, puis vers la saison douce. Ce récit de vie, sans heurt, mène le lecteur vers la renaissance de la nature et la naissance de l'ourson.  Des phrases simples, évocatrices, économes de mots éclairent le jeune lecteur sans l'assommer d'informations, comme pour ouvrir le robinet à questions.

deux ours
deux ours

Mais il faut avouer que la réussite de ce très bel album tient aux illustrations de Lucia Cobo. Subtiles et majestueuses, elles suivent l'ourse dans son élément, dans ses éléments. Les arbres, la nuit, l'air et la neige. Chaque double page plante un décor onirique sans pour autant perdre de vue le but documentaire.
Un magnifique album à déposer sur les petits souliers des plus jeunes des minuscules.

L'ourse
José Ramon Alonso & Lucia Cobo
Didier Jeunesse, avril 2017

deux ours

Figure emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique, l'ours polaire a été mis à toutes les sauces - la plus belle étant à mon goût les ours en armure des Royaumes du Nord de Philipp Pullmann, mais c'est une autre histoire.
L'ours polaire commence par une mise en abime franche et directe avec un petit personnage à couronne rouge un peu pyjamateux et qui s'installe confortablement pour lire L'ours polaire, celui-là même que vous avez entre les mains. C'est le début de la belle balade, à la suite du somptueux animal.

deux ours
deux ours

Le texte est nettement plus fourni que dans l'album précédent, mais il est là encore très abordable et tout à fait passionnant. Les images présentent la rencontre entre l'ours et l'enfant, concession irréaliste au sérieux du propos. Car, s'il est majestueux et fascinant, l'ours polaire est proprement infréquentable, voire carrément dangereux. Ceci dit, tout concourt ici à le rendre proche. Jenni Desmond joue sans cesse avec les contrastes de taille, les paysages surdimensionnés, le blanc et le bleu, la lourdeur et le mouvement. Une fois le livre lu, et on n'est pas obligé de l'avaler d'une traite, on revient forcément vers les images, pour s'y replonger une fois encore.
Et de deux, sous le sapin !

L'ours polaire
Jenni Desmond
Les éditions des éléphants, octobre 2017

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Cavale & Une histoire d'amour

Publié le par Za

Dans les catégories d'âge qu'on attribue parfois aux livres, vous connaissez bien entendu la littérature dite young adult, à mi-chemin entre ado et adulte. Entrons aujourd'hui, lecteur fidèle (et patient), dans la littérature old child, autrement appelée je-lis-encore-des-albums-et-alors ? En temps qu'ancien enfant, je me sens parfois chouchoutée par les auteurs-illustrateurs d'albums jeunesse, au point de m'en croire seule destinataire. Non pas que les ouvrages dont il va être question ne sont pas destinés aux enfants, loin s'en faut. Mais l'adulte qui les lit loin de toute contingence enfantine, y trouvera grandement son compte.

Cavale & Une histoire d'amour

Cavale d'abord. Mais qu'elle est énigmatique cette couverture ! La citation de Christian Bobin placée en exergue ne l'est pas moins. Habitués aux couleurs de Rébecca Dautremer, nous voici dans le sépia, dans l'ombre. Le bien nommé Cavale court sans cesse. Il court de peur que Fin ne le rattrape. Ce n'est pas lui sur la couverture, le petit homme sous le grand chapeau, c'est Maintenant. Il est l'enfant de Cavale et de Montagne, la seule qui a réussi, de manière un peu brutale, à arrêter la folle course. Le dessin s'étend en pleine page ou se fractionne en séquences, donnant l'impression du mouvement.

Cavale & Une histoire d'amour

Le texte métaphorique de Stéphane Servant se lit discrètement, en orange sur fond blanc, se met parfois en retrait, laissant à l'image plusieurs doubles pages de suite avant de reprendre sa place. Le dessin court et le texte pose le temps de la réflexion. Aux images l'action, les cris, aux mots la mise à distance de la peur et de la fuite. Car Cavale fuit du haut de ses quelques paires de jambes, il fuit devant Fin l'inéluctable. Cette belle leçon de vie, à qui est-elle destinée ? Doit-on l'accompagner d'une explication de texte, au risque de l'affadir ? Ne serait-il pas plus juste de laisser la compréhension du jeune lecteur en l'état, aux prises avec les évocations qui lui seront accessibles, jusqu'à une prochaine lecture différemment éclairée, jusqu'à une lecture de young adult ou d'old child ?

Cavale
Stéphane Servant & Rébecca Dautremer
Didier Jeunesse, octobre 2017

Cavale & Une histoire d'amour

Dans le bestiaire Bacheletien, on connaissait l'éléphant le chat, l'autruche, le champignon, l'escargot... Voici le gant. Mais pas n'importe lequel. Le gant domestique, celui qui ne sort jamais dans la rue, le mal aimé, voué aux pires travaux, à la sale ouvrage : le gant Mapa (petit R dans un rond).
Georges et Josette se rencontrent à la piscine, tombent amoureux, se marient, ont des enfants, des hauts et des bas, une vie entière de gants ménagers dans le confort d'un intérieur bourgeois et de bon goût - il n'est qu'à voir la toile de Jouy recouvrant les murs. Rien de plus banal que cette histoire me direz-vous. Mais à en juger par le temps passé à scruter chaque page et les rires ponctuant cette lecture jubilatoire, rien n'est ici banal. Le souci du détail dont Gilles Bachelet pare chacun de ses albums est, à mon sens, la plus belle marque de respect que le dessinateur destine à son lecteur - et à sa lectrice, c'est à dire moi. Tout cela fourmille de références trempées dans l'absurde, de clins d’œil aux précédants albums, de marques de connivence envers les Bacheletophiles, sans pour autant laisser sur le bord du chemin les primo-Bacheletiens.

Cavale & Une histoire d'amour

Je pense cependant, et je ne crois pas m'avancer, que le lecteur d'âge minuscule, à partir de 7 ou 8 ans, et pour peu qu'on lui ait fourni un début de sens de l'humour, ne manquera pas de se bidonner devant l'éclosion des petits canards wc, l'enthousiasme de la brosse de compagnie, et pour peu qu'il ait le sens du détail, la collection de cravates de Georges devrait le mettre en joie.

Une histoire d'amour
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse, novembre 2017

 

Cavale & Une histoire d'amour

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Pfff...

Publié le par Za

Puisque l'ennui a des vertus (et j'en suis persuadée), voici l'album idéal ! 

Pfff...

Commençons par la bouille tout à fait réjouissante des deux principaux protagonistes de cette histoire de prime abord peu violente. Tout est là, dans la fatigue de la vacuité à peine surjouée. Les connaisseurs en minuscules (anciens minuscules eux-mêmes) reconnaitront l'outrance du regard las au bord de l'évanouissement, à bout de forces tellement on n'a rien à faire, Merle et Roro s'enquiquinent à cent sous l'heure, s'emm... comme des rats morts. Tout est nul. Chaque proposition de leur père est jugée comme profondément inintéressante.
Parents d'enfants de cet âge-là, disons entre 5 et 8, scrutez leur expression à ce moment précis. C'est la préfiguration de certains délicieux moments de l'adolescence... Un avant-goût. Et hâtez-vous d'en sourire avec attendrissement. Cet instant est (heureusement) fugace et passe comme l'éclair à la première bêtise rigolote.

Pfff...

Claude K. Dubois frôle le génie dans la description de ce moment somme toute banal. La vie déborde de chaque image, dans le rien qui accable les premières pages comme dans l'enthousiasme de l'activité trouvée - et que je vous laisse découvrir tant elle ne fait rire qu'en contexte. Tout le monde se reconnaitra ici, enfant et parents et partagera une tranche de rigolade, de celles qui dissipent l'ennui à coup sûr !

Pfff...
Claude K. Dubois
Pastel, septembre 2017

Pfff...

Publié dans albums, Claude K. Dubois, Pastel

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L'oiseau de Colette

Publié le par Za

L'oiseau de Colette

Des cartons dans le jardin. On déménage, on emménage et tout est à recommencer. Dans ce quartier en noir et blanc, le ciré jaune de Colette fait office de lumière. Son ciré et la mention fragile, qui éclate sur un carton vide. C'est cette boite banale entre toutes qui sert de prétexte à Colette pour entrer en contact avec les enfants du quartier. Dans le carton, il y avait son animal de compagnie - parfaitement imaginaire, qui s'est enfui.

L'oiseau de Colette

De rencontre en rencontre, l'imagination de Colette brode autour de cet animal. Il s'étoffe, prend des couleurs, un nom, devient extraordinaire au fur et à mesure que la bande s'agrandit. Et personne ne trouve à redire, personne ne doute des talents de cette perruche devenue géante au détour d'une rue. Le groupe fait corps autour de Colette qui balade son petit monde, au sens propre autant qu'au figuré.

L'oiseau de Colette

Il n'est pas ici question d'affabulation, encore moins de mensonge, évidemment. Colette parvient à fédérer une bande autour de la possibilité d'un oiseau fantastique. Peu importe qu'il existe ou non, la force de l'imagination et le plaisir de consentir à l'histoire suffisent.
La belle sensibilité d'Isabelle Arsenault fait mouche un fois encore. Avec une saine économie de moyens, elle nous fait adhérer sans réserve à cette petite bande accueillante. On en redemande,  et on en aura encore : Isabelle Arsenault nous promet en fin de livre d'autres aventures de La bande du Mile-End, quartier de Montréal où elle réside.

Isabelle Arsenault
L'oiseau de Colette (La bande du Mile-End)
Colette's Lost Pet (A Mile End Kids Story)
Les éditions de la Pastèque, mars 2017

L'oiseau de Colette

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on n'est pas des moutons

Publié le par Za

on n'est pas des moutons

La collection s'intitule Jamais trop tôt. C'est exactement ça. Il n'est jamais trop tôt pour sortir des cases. Le mieux serait d'ailleurs de ne pas y entrer. Si c'était si simple... On est/nait/devient fille ou garçon, enfant de son milieu et de son temps, de la société dans laquelle on baigne.
Et puis se forge la personnalité, avec son lot de conformismes et de différences. Et c'est là que cet album se glisse, lorsqu'on a peut-être besoin d'aide et de soutien pour se différencier, pour devenir ce que l'on est déjà ou forcer un peu la satané nature humaine.

on n'est pas des moutons

En jouant avec la langue et les expressions mettant en scène des animaux, Yann Fastier tend un fil entre enfant et adulte. Le premier reçoit les mots, les situations. Le second, souvent lecteur et prescripteur, s'il a l'envie de faciliter la compréhension de la métaphore, est malicieusement interpelé par la dernière double page, miroir tendu à ses comportements inconscients.
Les papiers découpés de Claire Cantais apportent le punch nécessaire au propos, pas de demi-mesure dans la couleur, dans les contrastes et les superpositions. Les personnages sont imaginaires, mais si l'on y regarde de plus près, les regards sont réels, photos découpées collées. On est à mi-chemin.
 

on n'est pas des moutons

Les valeurs qui traversent cet album sont l'indépendance, l'authenticité, le partage, la tranquillité et la lenteur. Là où il est question de laisser faire les enfants, de leur foutre un peu la paix, l'adulte empêtré est face à un effort. L'un apprend, l'autre désapprend.  Et si on se rassure en destinant ce livre à nos enfants, on en garde forcément une belle part pour nous : hurler avec les loups, s'abreuver aux médias de masse, se nourrir de même, les yeux ronds rivés sur des écrans... Et l'on se dit qu'avant d'en prémunir les minuscules, on pourrait décider de montrer un peu l'exemple...

On n'est pas des moutons !
Claire CANTAIS & Yann FASTIER
la ville brûle, février 2016

on n'est pas des moutons

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Olivia joue les espionnes

Publié le par Za

She's back !

Olivia joue les espionnes

Olivia est mon héroïne.
Ian Falconer est mon héros.
Olivia est un cochon new-yorkais. Olivia est une fille. Une fille au caractère, disons... affirmé, qui ne s'en laisse pas conter (lire à ce sujet Olivia Reine des princesses), s'habille comme bon lui semble. Elle a des projets, des ambitions, des passions. Prenons par exemple la danse. Olivia est une admiratrice absolue de Martha Graham, ce qui n'est pas courant dans l'univers de l'album jeunesse, reconnaissons-le.

Olivia joue les espionnes

Mais il n'y a pas que la danse dans la vie, et Olivia a d'autres cordes à son arc. Comme l'espionnage.
Une conversation téléphonique, la mère qui se plaint de son volcan de fille, il n'en faut pas plus pour que l'inquiétude s'installe, pour que le goût du romanesque sans demi-mesure prenne le pas sur la réalité. S'en suivent alors une série de gags visuellement désopilants, servis par l'omniprésence d'une Olivia démultipliée, partout à la fois. L'économie de décor permet à Falconer de jouer la carte de l'héroïne hyperactive, toujours à l'image, même lorsqu'elle veut se camoufler.

Olivia joue les espionnes

Il pourrait y avoir une morale à cette histoire, une leçon de vie, un léger pensum sur la confiance à accorder à ses proches mais c'est sans compter avec la légendaire répartie d'Olivia qui a toujours le dernier mot et clôt l'album à sa manière.
Olivia joue les espionnes est un album drôle mais fin, multigénérationnel, qui échappe à tous les stéréotypes de genre sans pour autant en faire un principe. Pour tout cela, mais surtout pour le plaisir de retrouver - ou de découvrir - un personnage à nul autre pareil, lisez Olivia !

Olivia joue les espionnes
Ian Falconer
Seuil Jeunesse, juin 2017

Olivia joue les espionnes

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