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190 articles avec albums

la croûte

Publié le par Za

C'est rien, mon petit homme, tu es si beau qu'il ne peut rien t'arriver de moche.

 

En matière d'illustration, il y a émotion et émotion.

Je dis en matière d'illustration, mais ça peut marcher aussi avec les mots, les gens. Tant que ça marche sur la pointe des pieds, moi, je prends. Je suis du côté de l'émotion qui n'a l'air de rien, qui s'exprime de pas grand chose, qui se dit sans mots. Enfin, qui se dit sans mots, n'exagérons pas. Alors sortez vos mouchoirs. Mais s'il vous plaît, des mouchoirs de toile fine, de ceux dans lesquels on hésite à se moucher. Surtout lorsqu'ils sont brodés par Olivier Tallec.

9782081208551.jpg         Vous avez déjà pleuré, vous, debout dans un coin de bibliothèque ? Mais municipale, la bibliothèque, publique. Pas la vôtre chez vous, ouske personne ne vous voit. Ce petit bonhomme m'avait accroché l'oeil. C'était juste avant qu'il ne me fende le coeur. Sa maman vient de mourir. Rien que ça. Quand on est mère de petit bonhomme soi-même, l'idée est tout simplement insupportable. Le texte de Charlotte Moundlic est juste, sans fioritures, au plus près de la parole de l'enfant, sans pour autant sacrifier l'élégance du texte écrit, mais vraiment écrit.

La croûte, c'est la blessure, quelle qu'elle soit. Celle qu'on cultive pour se sentir vivant. Mais celle qui finira bien par cicatriser. Elle fera moins mal, mais elle laissera une trace. Pas de pathos ici, oh non. Tout est dit sur la couverture. Le petit regard perdu, les guiboles fragiles des petites personnes, si vulnérables qu'elles semblent perdues sur le plus quotidien des canapés.

 

Maman est morte depuis plusieurs nuits,  je n'ai plus envie de dormir, j'ai un peu mal au ventre et je n'arrive pas à m'occuper de papa.

J'essaie de ne pas oublier l'odeur de maman mais elle s'en va, je ferme toutes les fenêtres pour ne pas qu'elle s'échappe et papa me gronde parce que c'est l'été, parce qu'il fait trop chaud et parce qu'il ne sait plus trop comment me parler.

Je vois bien que ça lui fait mal de me regarder à cause de mes deux-yeux-de-ma-mère.

Je ne lui ai pas expliqué que c'était pour continuer à respirer maman, dès que je dis "maman", il pleure.

Comme adulte, il n'est pas facile.


L'intensité des rouges d'Olivier Tallec contraste avec la fragilité du dessin. La légèreté du petit bonhomme, le soin apporté aux détails apportent un contrepoint salutaire à la tristesse ambiante. Le texte est envahi de grands aplats - le canapé, la maison, l'escalier, la table, le mur de la chambre.

 

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J'aime cette image où chacun est absent à l'autre. Le père, devant le frigo, semble enfermé dans un bocal. La table au premier plan nous plante dans le rouge, à l'ombre d'un bouquet squelettique.

 

Une des rares incursions de la couleur accompagne l'écorchure.

 

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Ailleurs, l'illustration se fait discrète, vignettes crayonnées, mouvement, sentiment.

 

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Rarement un album m'aura émue à ce point. Rarement sujet aussi casse-gueule aura été traité avec tant de délicatesse.

 

La croûte

Charlotte Moundlic

Olivier Tallec

Les albums du Père Castor

mars 2009

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moi, j'aime l'école

Publié le par Za

Il n'y a guère que Petitou pour se réjouir du couperet qui tombe, du cartable prêt à reprendre le chemin de l'école, fièrement campé sur ses bruyantes roulettes. Il y a pile quarante ans de cela, mes chers parents avaient eu l'idée saugrenue de m'abandonner lâchement à la porte d'une école maternelle, sas d'entrée vers un univers impitoyable. J'allais passer de l'autre côté du miroir, quitter la terrasse vertigineuse des étés où se côtoyaient le tricycle et la maison de poupées, pour me jeter dans la cour de récréation, avec le sublime jeu d'escalade en béton, le sable grattouilleur, les genoux couronnés, le tablier à carreaux, le chevalet à peinture...

Il y a presque quarante ans de cela, on m'offrait ce livre - parce que, décidément, je devais faire trop la gueule devant la porte en question - en réalité, je vomissais consciencieusement dans le caniveau tous les matins.

 

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Dans ce délicieux album orange, Nathalie non plus n'est pas follement jouasse à l'idée de renoncer à la liberté, elle tire carrément la tronche. Pour tout dire, elle y mettrait même une certaine mauvaise volonté... Inutile de vous dire à quel point je la comprenais... Mettez-vous à sa place. Tout le monde a l'air de s'amuser follement, ou tout du moins de trouver normal d'être là. 

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Mais tout s'arrangera vite grâce au talent de la jolie institutrice à chignon... L'histoire est gentillounette mais les couleurs ultra-vitaminées et le trait si caractéristique de l'époque font tout le charme de cet album que je conserve avec amour au milieu de mes présssssieux.

 

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Au fait, quarante ans plus tard, je suis toujours là, à l'école, mais de l'autre côté du bureau et pas fâchée d'y être, en plus !

 

Moi, j'aime l'école

Jean Conder Soule

illustrations d'Aliki

éditions des deux coqs d'or, 1973

 

Et tant que nous y sommes...La rentrée scolaire, la rentrée littéraire et ses centaines de romans... Mais il y a aussi, schlurp miam ! de nouveaux albums à se mettre sous la dent ! En voici quatre qui m'ont fait de l'oeil et que j'attends avec l'impatience du loup planqué dans le lit de la mère-grand, sa charlotte sur la tête...

 jungle.gif  naceo.jpg
 COUV monsieur licorne
  samouraï

Ma jungle - Antoine Guilloppé - éditions Gautier Languereau

Nacéo - Pittau et Gervais - éditions les Grandes Personnes

Monsieur Licorne - Marie-France Chevron et Nicolas Gouny - éditions Chocolat

La fille du Samouraï - Fred Bernard et François Roca - Albin Michel Jeunesse

 

Mais en réalité, il y a un cinquième album...

Je ne vous en livrerai pour l'instant qu'un petit morceau.

Un petit bout de la couverture comme on regarderait par le trou de la serrure pour surprendre le Père Noël...

Les habitués du Cabas reconnaîtront immédiatement le héros de ce livre dont je vous reparlerai bientôt.

Jusqu'à plus soif.

 

charles détail

Publié dans albums, Aliki

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tip tap, iMAGIEr interactif

Publié le par Za

recette d'été

pour réaliser un imagier interactif épatant...

 

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ingrédients :

deux créateurs plutôt doués de leurs dix doigts

un album aux formes douces 

( joli papier et belles couleurs )

un cd-rom

votre ordinateur habituel

des mots

des images

beaucoup de temps

(où alors, ne mettez pas le nez dedans !)

 

Feuilletez l'album à la recherche du mode d'emploi, limpide et bien écrit, accessible à tous, un modèle du genre.

Munissez-vous d'un ordinateur et glissez le cd-rom dans le tiroir prévu à cet effet.

Écrivez un des mots présents dans l'imagier papier.

 

Un exemple - mon préféré - le pommier.

Tapez pommier puis le nom d'une saison et vous obtiendrez, selon vos envies :

 

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 TipTap_20127023941.png  TipTap_20127023259.png

 

Jouez l'accumulation pour obtenir une forêt d'automne :

 

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Cette forêt pourra être peuplée d'animaux, agrémentée de plantes, envahie de voitures et autres tracteurs, même si ça finit par être un joyeux foutoir... Pour peu que vous ayez l'âme bucolique, vous pourriez même y organiser un pique-nique !

 

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Appelez alors le marmiton et laissez-lui les commandes (si l'on considère le côté addictif de l'entreprise, ce n'est pas la phase la plus facile...). En quelques minutes, il obtiendra (fièrement) ceci :

 

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ou ceci :

 

TipTap_20127516572.png

 

Les amateurs de livres-où-on-apprend-des-choses-alors-c'est-bien, y trouveront leur compte. Le marmiton devra écrire sans erreur le mot qu'il veut voir se matérialiser sur l'écran. De petits rappels aux bonnes manières sont prévus, comme les marques du pluriel, par exemple. Et là je glisse un bémolounet : les plus jeunes risquent de trouver l'exercice un poil fastidieux . C'est alors que le parent ou grand-parent aux aguets, n'écoutant que son courage, viendra écrire pour lui les mille et une merveilles de tip tap. Avant, sans doute, de lui rappeler que "non vraiment c'est l'heure de la sieste", histoire de pouvoir continuer à créer tranquillement son jardin extraordinaire, tout seul, sans mignonne mimine pour parasiter le clavier de l'ordinateur...

Pour ma part, je retiendrai de cet imagier, la magie, justement. Voir s'animer les personnages , virevolter les oiseaux, grouiller les mille-pattes, pétarader les véhicules... Faites-moi confiance, vous allez vous retomber illico en enfance, vous lécher les dix doigts et le pouce !

 

Pour avoir une petite idée de la préparation de la tambouille,

voyez ce petit film :

 

 

 

tip tap, mon imagier interactif

Anouck Boisrobert & Louis Rigaud

Hélium, 2011

 

Suivez ce lien pour d'autres images et explications,

et celui-ci pour lire le billet de Mel de la Soupe de l'espace !

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aujourd'hui je suis...

Publié le par Za

... enchantée d'avoir découvert cet album !

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Le poisson de papier nourrit un goût peu connu pour l'adjectif qualificatif, au point de changer de tête lorsqu'il en croise un nouveau, tel un caméléon aquatique.

 

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Les poissons de Mies van Hout ont l'excellente idée de nager dans une eau noire qui met parfaitement en valeur leurs couleurs magnifiques, leurs bouilles exceptionnelles, la vie incroyable contenue dans leurs regards. Voici un vrai et beau livre d'images !

 

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Jaloux, moi ?


Une vingtaine de portraits sur fond noir, tracés au pastel, à la craie. Des dessins vifs et alertes au trait généreux, rapide. Une vraie pêche miraculeuse à la fois drôle et attendrissante.

 

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Vous diriez quoi, pour celui-ci ?

 

J'ai un faible pource petit bleu-là, si délicat, si discret...

Le timide..

 

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Vous pouvez feuilleter Aujourd'hui je suis... sur le site de minedition.

 

Aujourd'hui je suis...

Mies Van Hout

minedition, 2011

 

voir ici l'avis de Sophie

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Ponti comme discipline olympique

Publié le par Za

Je ne suis pas sportive.

J'en entends d'ici qui ricanent.

Mais si vous saviez à quel point j'assume... 

Cependant, il est des fois où l'activité sportive se pointe au débotté, vous oblige à déroger à vos habitudes, surtout s'il s'agit de faire plaisir à la progéniture. Jusqu'à présent, je m'estimais chanceuse. J'avais réussi à échapper à l'acccrobranche et autres toboggans remplis d'eau chlorée. Mais là, je ne me suis pas méfiée, et j'ai eu tort.

 

 

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/2/0/8/9782211097802.jpg

 

Imaginez la scène, tendre et idéale, Petitou sous la couette, moi qui me vautre mollement m'assois sur le bord du lit. Et là, sans sommation, l'autre machiavélique me balance le truc sous le nez, au risque de me crever un oeil : "Maman, ce soir on lit ce Ponti, celui de la médiathèque !"

Joie, bonheur. La prochaine fois, j'irai seule.

Je me revois, l'après-midi même, tentant de glisser l'album en question dans mon cabas. En longueur, ça ne rentre pas. En largeur, on ne peut plus attraper les poignées. Quand je vous dis que j'aurais dû me méfier.

Faisant fi de mes réticences, je me lance, confiante, dans la lecture du mastodonte. Car tout commence par là : les dimensions de la chose. Un généreux format à l'italienne de 41 x 29,5 cm. Ce qui nous fait, une fois ouvert, 82 cm de longueur. À 29€, vous avez le sentiment d'en avoir pour votre argent, me direz-vous, mais je vous rappelle que nous l'avions emprunté. Vous serez aimable de vous en souvenir en lisant la suite : je souffrirai donc gratuitement.

Bih-Bih est une créature vêtue de bleue et de blanc, tout comme Alice, son illustre devancière. Et comme elle, Bihi-Bih va tomber, tomber, tomber... À cette différence près que l'héroïne de Claude Ponti emporte le monde avec elle. Car l'affreux Bouffron-Gouffron vient de boulotter la Terre et dans son ventre, c'est l'univers entier que l'on retrouve, cul par-dessus tête, capharnaüm inextricable.

 

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Commence la quête de Bih-Bih, cherchant le sésame qui sauvera le monde. Nous en sommes à la page 18. Les infinis détails du dessin de Claude Ponti nous invitant à de longues haltes contemplatives, voici le moment où s'invite la crampe dans le bras, voire la légère mais sournoise douleur dans l'épaule. Que voulez-vous, je n'ai plus vingt ans.

Et c'est là que ça se corse, comme dirait mon amie Bree. La ligne de texte, jusque là sagement rangée sous le dessin, se glisse à la verticale, m'obligeant à pencher l'album de 90° vers la droite, un album qui, du coup, mesure désormais 29,5 x 82 cm de hauteur.

 

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Vous allez sans doute trouver ces considérations mesquines, mais je vous rappelle que je suis au bord de la crampe. Cette manoeuvre soulage l'épaule droite, mais accable la gauche. Prête à tout pour l'élévation littéraire de mon fiston, je poursuis bravement ma lecture, tout en me disant qu'il faudra que je lui rappelle cet épisode, si d'aventure, un jour, je devais lui raconter à quel point je me suis sacrifiée pour son éducation.

Le calvaire, jusqu'alors simplement articulaire, devient insidieusement une torture langagière. Vous allez voir que je n'exagérais pas en parlant d'entraînement préalable nécessaire.

"Greu zui greu grontent greu tu mé grélivré greu la glasse", dit l'autre étrange animal, "greu mappell Greupansse Popille, et greu teudi meurci, greu greudi greutu greu gresse-piré danlo, et greu tu groi gressengrou gran gras... grogrevoir ! "

Essayez donc de lire ce texte avec naturel et un bras en l'air, vous m'en direz des nouvelles... Heureusement, de belles images de fond sous-marin sont là pour me soutenir le moral, parce que sans ça...

 

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L'album retrouve sa position de départ à la page 28. D'ailleurs, j'en profite pour affirmer la supériorité éclatante de l'oeuvre de Ponti sur celle de Tullet : on peut retourner un album de Ponti dans tous les sens, son contenu reste bien en place, rien ne se mélange, contrairement à un certain album rempli de pois qui roulent... Vous pouvez ainsi  emporter Bih-Bih en bateau. Même par gros temps, il restera en l'état. Lui.

Arrivent les pages 32 et 33, véritable ode aux arts du monde, grâce auxquelles vous pourrez passer pour un puits de culture aux yeux de vos enfants, à moins qu'ils ne soient, comme Petitou, expert ès Quai Branly et ne vous ridiculise en deux mots. Vous dirai-je qu'en plus maintenant, à force, j'ai mal au dos, et vous entreverrez l'étendue du martyre que j'endure.

 

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Pourtant la conclusion de l'histoire approche, avec un feu d'artifice verbal, qui dans l'état d'exaspération dans lequel je me trouve désormais, me fait regretter de m'être lancée dans cette aventure sans préparation.

"Ils entrent dans le château pendant que ça tournicibouline de plus en plus fort. Les miettes de la Terre se recollent aux morceaux de l'Ooïpopoille qui grandissent et s'énormisent. Car le gigantesque énormissement tourniboulinique risque de faire s'éclapetter la peau du ventre du Bouffron-Gouffron."

Si vous n'avez jamais postillonné de votre existence, c'est le moment où jamais de tenter la chose, vous aurez des excuses...

 

En conclusion, je dirais:

1) que Bih-Bih et le Bouffron-Gouffron, loin d'être l'Alice de Claude Ponti est un vrai conte de création du monde, mais à la sauce du papa d'Adèle,

2) que je suis une mère qui respecte la liberté de son enfant en lui permettant de se construire une palette de goûts indépendants des siens,

3) que je m'inquiète de la préparation physique des bibliothécaires et enseignants lorsqu'ils doivent aborder ce genre d'album.

 

Une dernière chose ! Hier soir, Petitou est rentré, fier comme un pape, avec son livre de l'abonnement de l'École des Loisirs... Je vous laisse deviner ce que c'était... Mais dans un format inférieur d'un bon tiers, c'est de la triche !

 

Claude Ponti

Bih-Bih et le Bouffron-Gouffron

l'École des Loisirs

2009

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les oiseaux

Publié le par Za

 

La Joie de lire...

Rarement maison d'édition aura aussi bien porté son nom.

 

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Ça commence l'air de rien.

Le désert, une piste, pas de texte encore.

Ça commence avec si peu. Un camion rouge, le sable jaune et le ciel bleu. Primaire...

La suite n'est guère plus spectaculaire. Ouvrir la porte du camion pour laisser s'échapper tout ce qui s'y trouve. Ou presque. Parce ce qu'il reste un détail. Un petit détail. Et toute l'histoire de cet album, c'est ce petit détail qui ne veut pas s'envoler. 

 

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Tantôt restreint à l'espace d'une seule page, tantôt envahissant les deux, le dessin subtil d'Albertine fait merveille. Le texte de Germano Zullo, si discret qu'il se contente parfois d'un mot, fait entendre sa voix singulière, sans jamais évoquer l'oiseau, sans jamais faire entendre l'homme. Non, il n'est question que de l'importance que peut revêtir un détail, même anodin, pour peu qu'on lui accorde toute l'attention qui lui est due. La beauté de cet album est aussi dans la séparation entre le texte et l'image, qui illustre le propos au sens le plus fort du texte, comme une parabole. Il faut s'attarder sur les regards entre l'homme et l'oiseau, voir naître la complicité, germer le grain de folie jusqu'à la belle conclusion de ce livre. 

 

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Vous l'aurez compris, nous avons affaire à un trésor, un livre de grande classe, qu'on referme avec respect. Avec amour aussi. Et reconnaissance. Parce qu'Albertine et Germano Zullo ne sont pas là pour épater le lecteur. Et c'est pourtant ce qui arrive. Cet album est une merveille d'intelligence et de modestie, un chef d'oeuvre de sensibilité.

Pour ceux qui penseraient qu'une fois encore j'en fais trop, procurez-vous Les oiseaux, et installez-vous au calme. Oh, cela ne vous prendra pas trop de temps !

Encore que.

 

rendez-vous sur le blog de la Soupe de l'espace

pour se régaler du beau travail d'Albertine,

une dame au regard magnifique,

et gauchère, s'il vous plaît !

Quant à l'avis (enthousiaste) de Gaëlle,

c'est par ici !


Les oiseaux

Germano Zullo & Albertine

La Joie de lire

avril 2010

 

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la nuit des cages

Publié le par Za

 

 

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Le fils de l'ogre est enfermé dans une cage. Être le fils d'ogre, a-t-on idée...

La fille de la sorcière est enfermée dans une cage. A-t-on idée d'être fille de sorcière...

Est-il, lui aussi, un ogre ?

Est-elle aussi une sorcière ?

 

De la rencontre du texte de Rascal et des illustrations de Simon Hureau naissent des ombres magnifiques, aux mille détails. On pourrait en passer du temps à épier les recoins de la forêt, à dénicher la multitude d'insectes, les papillons, les chauves-souris, les champignons, surprendre le face à face du serpent et de l'oiseau, épier les reptiles, dénouer les entrelacs sans fin des arbres, des lianes... Le fils de l'ogre, lui,  s'échappe, fuit à travers les bois.

 

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Un format à l'italienne, des doubles pages qui accompagnent parfaitement le héros traqué par des soldats aux allures de samouraïs. Puis c'est la procession grotesque, grimaçant de mauvaise joie, qui mène la fille de la sorcière au bûcher.

 

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Un poutou de Za à qui découvrira les personnages familiers qui se sont glissés dans ce dessin...

 

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Le beau texte de Rascal, inquiétant, onirique, galope du côté du Moyen-Âge, au bord des contes. Il est présenté sur un fond vert magnifique, les pages sans texte demeurant, elles, en noir et blanc. Le choix des mots est précis, riche, élégant.

 

Je suis le fils de l'ogre Morillon

Qui comme le mal renommé Villon,

Termina au bout d'une corde

Sans la moindre miséricorde.

JE NE VOULAIS PAS FINIR

ENTRE LES MAINS DU BOURREAU

Alors je suis passé entre deux barreaux

Ai pris la clef des champs

Filé comme le vent.

 

Et la fin de l'histoire nous emporte du côté des courts-métrages de Lotte Reiniger, là ou des enfants-oiseaux donnent naissance à d'autres enfants oiseaux...

 

 

 

 

J'ai tout de suite compris que c'était ma belle

Doublé mendiants, nains et haridelles

Bouffons, califes, tortues, puis ce fut elle

MA  JOLIE PETITE GUEUSE

MA BELLE AMOUREUSE

 

La nuit des cages

Simon Hureau et Rascal

Didier Jeunesse, 2007

 

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bestiaire du Gange

Publié le par Za

 

Ce n'est pas de ma faute, monsieur le commissaire. Bon, je l'admets, j'ai été faible. J'aurais dû détourner le regard, passer mon chemin, le reposer sur le rayonnage. Mais j'étais fatiguée, un peu malade. Et puis je venais de piétiner pendant presque deux heures dans cette exposition à la Cinémathèque. C'est loin, la Cinémathèque ! Je m'étais levée de bonne heure, j'avais pris le train, le métro. Lorsqu'on vit à la campagne, monsieur le divisionnaire, Paris, c'est un choc. On est un peu déboussolé. Alors quand je l'ai vu, je ne sais pas ce qui c'est passé. J'ai perdu le nord. Je l'ai touché. Je l'ai pris dans mes mains. Disons qu'il m'a quasiment sauté dans les bras.

 

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La couverture d'abord. Lourde, rugueuse presque. Et ce bleu ! Ce bleu, monsieur l'inspecteur, vous en avez souvent vu, des bleus pareils ? Et ce poisson, souriant de toutes ses dents ! Regardez mieux. Ces milliers de lignes qui tracent l'eau profonde, les écailles serrées. Hypnotique. Alors, je l'ai ouvert. Je sais que j'ai eu tort. À ce moment précis, j'ai su qu'il serait mien. Ça ne vous est jamais arrivé ?

 

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Ce papier... Épais, au grain présent comme le vibrato d'une voix, tellement dense que tourner la page n'est plus un acte anodin. Touchez-le ! Euh, vous avez les mains propres ? Un format à l'italienne avec la reliure en haut. Impossible à feuilleter. Le texte, court, aérien comme un haïku, précède l'image.

Laissez-moi vous en lire un, brigadier...

 

Ça sent les écrevisses et les crabes.

Caché dans la verdure près du rivage

Se trouve un joli village

Fidèle aux vagues blanches

Comme le clair de lune à l'obscurité.

 

Ce sont des poèmes classiques tamouls, du deuxième siècle de notre ère. Le nom de leurs auteurs est déjà poésie...

Et puis il y a les dessins. Les dessins de Rambharos Jha. Quels dessins ! Je ne savais pas qui était ce Rambharos Jha. Je ne savais rien de l'art du Mithila, en Inde du Nord. 

 

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Les couleurs sont pures, brutes, franches, évidentes. Somptueux, non ? Mais regardez-y de plus près...

 

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Et vous savez, monsieur l'agent, chacun de ces dessins est une sérigraphie, chaque exemplaire de ce livre a été réalisé à la main.

 

 

Vous avez entre les mains un vrai livre d'art. Un livre d'art pour les enfants ? Qu'est-ce qui vous choque ? Ils n'y ont pas droit ? Mais rassurez-vous, cet album est de ceux qui dépassent les générations, qui éblouiront autant les parents que leurs enfants. Plus peut-être.

Vous pouvez me le rendre ? Parce que je l'ai payé, il est à moi, pour de vrai. Allez, rendez-le moi... S'il vous plaît... J'en prendrai bien soin, je vous le promets. Merci, docteur.

 

Bestiaire du Gange

Rambharos Jha

textes choisis, adaptés et traduits

du tamoul vers l'anglais par Inquilob et V. Geetha

puis traduits en français par Jade Argueyrolles

Actes Sud Junior, octobre 2011

 

Ce livre fait partie du catalogue des éditions indiennes Tara Books.

Ne nous reste plus qu'à prier pour qu'Actes Sud Junior

en poursuive la publication en France !

 

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fipopus / gropopus

Publié le par Za

 

Je ne sais trop comment vous présenter cet album.

Dans ce sens...

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... dans l'autre...

 

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Deux histoires tête-bêche, sur de hautes pages qui se déplient. Des bruns rougeoyants, et une multitude de petits personnages très affairés. Le texte se mêle au dessin, s'ancre parfois dans la terre. Chacun sa police de caractère, en rondeur chez les rêveurs Fipopus, plus carrée et volontaire pour les énergiques Gropopus.

 

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Les Gropopus vivent tranquillement sur leur jolie planète, un peu plate,

le genre dont on évite les bords,  mais charmante tout de même.

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On ne peut évidemment s'empêcher de penser aux Shadoks et aux Gibis. Mais les Fipopus et les Gropopus ont autre chose à faire que de pomper ou de conquérir l'espace : ils bossent. Agriculteurs, éleveurs, ils seraient même complémentaires, s'ils ne s'ignoraient pas royalement. Pourtant rien de ce qui se passe au-dessus n'est étranger à la vie du dessous, et vice-versa.

 

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Les caractères opposés des deux peuples donnent lieu à de réjouissantes manifestations collectives lorsque se pointe de mystérieux bouleversements...

 

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Le burlesque se mêle au désespérément drôle lorsque, un côté lu, on retourne l'album avec gourmandise, inlassablement, car l'histoire peut ainsi se répéter à l'infini...

 

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Un vrai coup de coeur pour ce premier album de Frédéric Laurent !

 

Fipous/Gropopus

Frédéric Laurent

L'atelier du poisson soluble

avril 2012

 

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le voyage de Lulu

Publié le par Za

Laissez passer !

Mais poussez-vous !

Faites place !

Voici un album vivant !

Oui, vivant !

Peut-être ce temps derniers ai-je eu ma dose de lectures dépressives, grises à pleurer. Je suis donc entrée dans la chambre de Petitou en catimini et j'y ai volé ceci :

 

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Un bel album, un qui explose de couleurs et de formes, un généreux, pas regardant à la dépense d'énergie, un qui vous fera sursauter au détour de chaque page, surpris que vous serez par le souffle et la joie qui se dégagent des illustrations. Merci monsieur Pillot ! Lulu a grandi et ce n'est que justice. Cet album-ci a gagné quelques centimètres sur les précédents. Mais j'aimerais que les albums de Frédéric Pillot soient encore plus grand !

 

L'histoire voit une fois encore notre adorable Lulu aux prises avec l'affreux lièvre Rien-ne-sert et ses oreilles bleues. La vilaine bestiole veut quitter le pré qu'il juge pollué, moche, sale, bref, c'était mieux avant. Pour ce faire, il a fabriqué un genre de fusée de bric et de broc... Je n'épiloguerai pas sur le texte de Daniel Picouly, dont la rime obligatoire contraste avec l'allégresse du dessin, dont les clins d'oeil appuyés au lecteur finiraient par empâter l'histoire. Trop de connivence finit par nous tenir à l'écart des mots. Mais peu importe, car tourner la page est déjà une aventure, avec le risque de se manger un vol de couleur en pleine figure.

 

Notre épatante tortue évolue dans un pré grouillant de monde. Et c'est là que le talent du sieur Pillot vous saute aux mirettes. Allez, laissez-vous faire...

 

 

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Celle-ci, je vous l'ai choisie pour ce coin-là en particulier :

 

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C'est pas vivant, ça ? Osez me dire le contraire ! Ce fouillis organisé, l'escargot qui ne va pas manquer de se casser la gueule dès qu'on aura tourné la page, l'araignée au travail, les feuilles du chêne bruissantes de brise printanière !

Toujours pas convaincus ? Que dites-vous de ces deux pages-là ?

 

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Tout ce petit monde tourné vers la bizarre machine volante emportant les héros vers un ciel qui ne va pas manquer de se charger de nuages d'un bleu menaçant, je ne vous dis que ça...

Les ombelles précieuses,

le genre de fleur qu'habituellement on regarde à peine,

tant elle est commune...

 

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La fleur de trèfle,

celle-là même que j'extermine allégrement

avec ma bruyante tondeuse à gazon !

C'est malin, maintenant, j'ai honte...

Surtout si elle abrite ce genre de délicieuse chenille ! 

 

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Les délicats boutons d'or*,

les frêles marguerites !

J'ai aussi un vrai faible pour la coccinelle dodue,

assise au bord de son brin d'herbe, toute pensive...

 

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Le pré vu à hauteur d'insecte !

 

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Inspecter chaque recoin, admirer chaque détail y passer trois plombes... On ne s'y ennuie pas une seconde, car la redoutable vitalité du dessin est doublée d'un humour dévastateur. En voici pour preuve un autre thème qui m'est cher dans l'oeuvre de Frédéric Pillot, j'ai nommé : l'oiseau.

 

L'oiseau pillotien est une somme, une quintessence d'oiseau. Car s'il n'est pas aisé d'en distinguer l'espèce, cet oiseau représente un résumé de l'oiseau en général, du piaf de nos campagnes, celui qu'on ne désigne pas par le nom de son espèce, celui qu'on appelle juste l'oiseau - voire cette saleté d'oiseau s'il est quatre heures du matin.

Il est rond, d'une rondeur encore soulignée par son regard parfaitement ahuri. Il est bouffi de plumes, possiblement crétin, en un mot, parfaitement réjouissant. J'en ai chopé isolé quelques spécimens remarquables, régalez-vous ! Non, ce n'est pas pour manger ! Lâchez-moi ça tout de suite ! Mais ça va pas ? Ça se plume avant !

 

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lire-relire-3-6694.JPGVous remarquerez sur cette dernière

image, qu'en plus, ils chantent faux !

 

Voilà, voilà...

J'espère que mon petit exposé vous aura convaincus de vous jeter sur les albums de Frédéric Pillot, la série des Lulu, les Raoul Taffin et les autres !

 

Le voyage de Lulu

Daniel Picouly & Frédéric Pillot

Magnard Jeunesse, 2011

 

*Au passage, je dédie cet article à ceux/celles pour qui Bouton d'Or

n'est pas qu'un nom de fleur...

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