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190 articles avec albums

le lion et l'oiseau

Publié le par Za

le lion et l'oiseau

Un jour le lion rencontre l'oiseau. Il le trouve dans son jardin, blessé. C'est aussi simple que ça. Aussi simple et aussi fragile. Deux êtres dissemblables se rencontrent et l'histoire coule au fil du temps, collée à la succession des saisons. Le lion et l'oiseau vont partager le quotidien, la douceur du feu, la chaleur du repas, le confort des nuits douillettes, les jeux dans la neige. Pourtant, un jour, il faudra se séparer. Tout sera pareil mais tout sera différent.

Ce livre est avare de mots, juste le nécessaire, pas un de trop. Et ces mots constatent ce qui est, sans plus, sans en rajouter. Oui, le lion est triste, pourquoi le souligner encore puisqu'on le voit ? Le dispositif de l'album en dit plus long que le texte. Les dessins s'étalent sur la double page, se coupent en quatre, se font cabochons discrets au milieu du blanc, entretiennent habilement l'envie de tourner la page. La page blanche dit le silence et l'absence.

le lion et l'oiseaule lion et l'oiseau
le lion et l'oiseaule lion et l'oiseau

Le dessin joue avec une palette subtile, des bleus, verts, bruns modestes mais évidents. Il ne donne à voir que l'essentiel et joue des expressions du lion, de ses attitudes, de ses regards. Pas besoin d'en faire des tonnes : il doute, il espère.

Marianne Dubuc signe ici un album rare qui émeut de petits riens. On en tourne les pages lentement, dégustant chaque image, chaque moment. On en caresse longtemps le papier et on le quitte à regrets, pour, c'est sûr, mieux le réouvrir très vite.

 

Le lion et l'oiseau

Marianne Dubuc

La Pastèque,

collection Pamplemousse

2013

le lion et l'oiseau

Et j'en profite pour saluer ici les 15 ans de La Pastèque, magnifique maison d'édition qubécoise !

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flamingo

Publié le par Za

pour Orly et Jess

Rose.

Mais vraiment.

Tirant légèrement sur l'orange, à peine.

D'emblée franchement délicat, couleur et mouvement.

 

Le genre de couverture sur laquelle on s'attarde plus que de raison, de peur aussi d'être déçu si l'intérieur ne tenait pas ses promesses. Sous le charme avant même d'avoir entraperçu la moindre page. Et pourtant, rose ! Voilà que j'ose le rose, j'en suis toute chose...

flamingo

Et puis finalement, c'est exactement l'inverse qui se produit. Le flamant et la ballerine nous embarquent l'air de rien dans leur pas de deux si délicieusement aquarellé. Chaque double page avance doucement vers l'apprivoisement mutuel. Tu me regardes... Je te regarde... Tu lève une patte ? Eh bien moi aussi, tiens ! Tu es un flamant ? Je suis aussi un flamant. À moins que je ne sois une petite fille, toute prête pour la baignade, palmes et bonnet à fleurs.
Chaque mouvement est imité, chaque regard est tenu, rendu. Moquerie, fâcherie, réconciliation, comme dans la vie, on est amis. Et on se permet de danser, jusqu'au grand saut final, jusqu'à la grande rigolade qui éclabousse.

flamingo
flamingo

Chaque dessin offre une situation nouvelle, avec si peu de texte, quelques mots à peine - dont on aurait d'ailleurs pu se passer. Le mouvement est accéléré par des rabats qui tombent tout seuls, pourvu qu'on tienne le livre à la verticale, des rabats qui, vous verrez, prennent toute leur place à la fin de l'album.

On est proche du dessin animé - Molly Idle est d'ailleurs issue des studios Dreamwork. La douceur du trait est mis en valeur par un travail d'édition impeccable, un papier au grain velouté comme les pétales de magnolias qui bordent le haut des images. Il émane de ce livre une tendresse souriante, sans mièvrerie aucune. Comme quoi, le rose...

 

 

 

 

 

Flamingo

(Flora and the Flamingo)

Molly Idle

adaptation française de Martine Laffon

Seuil Jeunesse

septembre 2013

 

Liyah et Gabriel de la Mare aux mots ont aussi craqué pour ce bel album !

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une petite fille... à croquer

Publié le par Za

Comme tous les ans, à la même époque, c'est à dire peu ou prou la rentrée, allez savoir pourquoi je me replonge dans la littérature ogresque. C'est généralement le moment que je choisis pour replacer sur mon lieu de travail cette délicieuse phrase d'Alphonse Allais qui veut qu'il y a des jours où l'absence d'ogres se fait cruellement sentir. Succès garanti.

 

une petite fille... à croquer

Ceci dit, il faut bien avouer que cette mignonne-là est à croquer. Jolie et futée comme tout ! Wardé, warda, c'est la rose en arabe. Rose comme les joues de cette fillette prenant vie sous les crayons de Geneviève Godbout. La dessinatrice nous offre ici un dessin comme je les aime, frais, vivant, jamais mièvre, tout en lumières savantes, sourires irrésistibles.

 

une petite fille... à croquer

Son ogresse est parfaite : énorme, omniprésente, étouffante, obstinée, étudiée jusqu'au poireau qui orne sa joue. Mais pas si maligne, car, comme tous les ogres, elle est rattrapée par sa voracité, perdue par sa gloutonnerie.

une petite fille... à croquer

Une petite fille à croquer est un conte tout ce qu'il y a de traditionnel, dans le sens noble du terme. Le texte est ponctué de mots en arabe, il balance son rythme sans faiblir jusqu'au dénouement qui, s'il est attendu, n'en demeure pas moins une revanche jubilatoire pour l'auditoire minuscule. Testé et aussitôt approuvé, Wardé est adoptée !

 

Une petite fille... à croquer

Christine Frasseto & Geneviève Godbout

Père Castor, Flammarion

septembre 2013

 

Geneviève Godbout est également co-auteur de Joseph Fipps,

publié par les éditions La Pastèque

 

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océano

Publié le par Za

Et le voilà, le nouveau, le si beau...

océano

Océano le voilier à la coque rouge prend la mer. Il hisse ses élégantes voiles de papier pour un périple sur les mers du monde. En cinq tableaux splendides, il nous entraîne de l'Arctique jusqu'aux récifs de corail, mû par le désir de découvrir les si précieuses beautés océaniques. Précieuses parce que menacées, et aussi fragiles que la coque de noix qui les explore.

Anouck Boisrobert et Louis Rigaud ont encore frappé fort. Océano est un grand livre, au même titre que Popville ou la Forêt du paresseux. Un de ces pop-up dont on ne se lassera jamais, dont chaque page, chaque mouvement trouve sa justification dans le propos, l'intention.

(merci au moussaillon)

(merci au moussaillon)

La surface et les profondeurs sont liées par les actions des hommes et la vie des animaux. Les couleurs de la mer accompagnent le voyage; le port souillé est traité avec le même soin que le sublime récif corallien. Et le petit voilier parcourt la Terre modestement, élément parmi les autres, si discret qu'il faut parfois le chercher dans l'image. Et le lecteur devient alors explorateur lui-même. Le dispositif d'Océano est parfait, son graphisme est élégant, efficace, et la surprise, l'intérêt sont renouvelés à chaque page.

Que dire de plus ? Ruez-vous sur ce livre si ce n'est déjà fait. Les amoureux de la mer y trouveront leur compte, les curieux seront comblés.

 

Océano

Anouck Boisrobert & Louis Rigaud

Hélium, avril 2013

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les ignorants

Publié le par Za

Qu'est-ce qui fait qu'on ouvre une bande dessinée de 272 pages et qu'on la lit d'une traite, sans imaginer la lâcher une seconde, même lorsqu'il devient tout à fait déraisonnable de rester éveillée à cette heure sombre...

 

les ignorants

Voilà une des meilleurs choses que j'ai lue depuis longtemps, un livre débordant d'humanité, de générosité. Un auteur de BD, Étienne Davodeau, un vigneron, Richard Leroy. Il taille la vigne, laboure, soigne, scrute la plante, le ciel. Il dessine, court les salons, scrute le papier, la couleur. Ils vont échanger leurs expériences, s'accompagner mutuellement, découvrir ce qui anime l'autre, en accepter les bizarreries. Sans arrière pensée, sans a priori. Boire des coups, échanger sur des livres lus, voyager ensemble, c'est exactement l'idée que je me fais de l'amitié, j'ai tort ?

Cette initiation croisée qu'annonce le sous-titre est bien l'originalité de l'aventure. Chaque maître dans son domaine a tout à apprendre de l'autre, sans qu'il y ait la moindre hiérarchie. On trouve de l'art dans le vin, du travail quotidien et parfois ingrat dans la bande dessinée.

Je n'aurai aucun bémol à coller sur cette BD. Et je n'en admettrai aucun, tenez-vous le pour dit ! Le dessin de Davodeau, au plus près des gens, est un modèle du genre : bienveillant et discret. Pas d'esbroufe, de l'humour, on est là pour raconter une histoire, un bout de chemin. Et moi qui sourit en coin lorsqu'on évoque les principes de la biodynamie, eh bien là, je fais comme Davodeau, je m'écrase et je respecte.

Le grand charme de cette BD, ce sont les deux héros en candides, étonnés, parfois rétifs mais toujours prêts à y aller. Et les seconds rôles aussi. Comme j'ai aimé la visite chez Gibrat, et la rencontre avec les vrais personnages du Photographe de Guibert, Lemercier et Lefèvre (Aire Libre chez Dupuis) ! Car Robert Saleon-Terras et Régis Lansade sont devenus vignerons à leur retour en France !

Il y a aussi la rencontre drolatique en forme d'incompréhension entre Richard Leroy et l'œuvre de Moebius. Et ses changements capillaires en lien avec les saisons. Et son intransigeance dès qu'il est question de dégustation. Et ses questions toujours pertinentes et qui pourraient être les nôtres. Parce que, ignorante du monde du vin et des coulisses de la BD, je suis sortie de cette lecture rassasiée, enthousiaste, attachée définitivement à ses personnes comme si je les avaient vraiment rencontrées.

Mais c'est ça. Je les ai vraiment rencontrées.

 

Étienne Davodeau

Les Ignorants

Récit d'une initiation croisée

Futuropolis, 2011

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nuit d'hiver

Publié le par Za

Dans la nuit de l'hiver, celle où tout crisse, où est-on mieux que chez soi, au coin du feu, faisant fi de la neige ? Prête à dégainer les aiguilles à tricoter, les livres et le chocolat chaud ? Rien ne pourrait nous attirer dehors.

Rien ? Et si les minuscules étaient de retour ?

nuit d'hiver

Dans cette nuit d'hiver, du côté du vent qui souffle froid, de la neige et des fantômes, elle va chausser ses patins et sa lampe frontale pour aller au devant des esprits virevoltants, pour glisser sur le lac gelé et rompre le silence.

© La soupe de l'Espace

© La soupe de l'Espace

Nuit d'hiver est un album d'une grande subtilité, porté par le texte poétique d'Anne Cortey. Écrit à la première personne, il nous présente un personnage principal décidé, ancré dans la vie mais pourtant prêt à s'engouffrer dans la nuit pour retrouver des esprits. Elle pourrait être une petite fille, une adolescente, une femme, qu'importe. Ni le dessin ni le texte ne nous l'apprendront et peu importe. C'est son courage devant les chiens fous qui compte, sa volonté qui ne sera mise à mal que par le grand froid, sa confiance inébranlable qui la fait danser sur la glace.

 

Le brouillard épais de la nuit me tombe aussitôt dessus, prêt à m'engloutir. Heureusement j'ai ma lampe frontale. Le rai de lumière fait le ménage devant moi. Il fait disparaître les esprits maléfiques et les fantômes qui errent le long du chemin.
Mais je n'ai peur de rien. Ou presque rien. Car je sais que ces esprits ne me veulent pas de mal.

 

© La Soupe de l'Espace

© La Soupe de l'Espace

Cet album instille le surnaturel l'air de rien, avec finesse. Les illustrations d'Anaïs Massini traduisent une magie quotidienne, à coup de gouache lumineuse où volettent des flocons. On pourrait ne pas y croire mais un rien fait qu'on adhère. Le mouvement, la lumière, la chaleur du feu, le vent qui fait vivre la neige, l'énergie magnifique de l'héroïne...

 

nuit d'hiver

Anne Cortey & Anaïs Massini

Autrement Jeunesse

Janvier 2012

 

Les photos m'ont été gentiment prêtées par les cuistots de la Soupe de l'Espace. Ils exposent le beau travail d'Anaïs Massini dans leur librairie à Hyères (9 avenue des Îles d'or). Elle y dédicacera ses albums le samedi 15 juin 2013. Pour d'autres photos de cette expo, c'est ici !

 

nuit d'hiver

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les minuscules

Publié le par Za

Il y a ceux qui ont lu Tobie Lolness avant, ceux qui l'ont lu après, ceux qui ne connaissent pas ce texte de Roald Dahl, ceux qui ne peuvent envisager pas qu'il n'ait occupé un coin de l'esprit de Timothée de Fombelle. Je suis de ceux qui pensent qu'en matière de littérature, on n'invente rien ou si peu, qu'on récolte ce que d'autres ont semé et que c'est très bien comme ça, qu'il y a des filiations entre auteurs, à suivre comme des fils d'Ariane.

Les Minuscules (The Minpins) est le dernier texte de Roald Dahl. Il sera publié en 1991, un an après sa mort. C'est l'un des seuls livres qui ne sera pas illustré par Quentin Blake, ce qui aurait pu m'attrister un brin...

 

les minuscules

La forêt est le lieu fantasmatique par excellence. La sagesse populaire sait qu'il est dangereux d'y trainer, petit pot de beurre ou non. Alors lorsque la mère de Petit Louis (Little Billy) lui interdit absolument de pousser la porte du jardin, d'aller voir ce qui se trouve au-delà de la nature domestiquée, la tentation est trop forte. La forêt est parée de tous les  mystères. Jusqu'à son nom, la Forêt Interdite, qui est une provocation. Dès la première page, on sait que Petit Louis désobéira à sa mère et sera livré à la bête mythologique, comme Poucet et tant d'autres avant lui, sans quoi il n'y aurait pas d'histoire.

Gustave Doré - Le petit Poucet

Gustave Doré - Le petit Poucet

L'inévitable prend ici la forme d'un dragon invisible, crachant une fumée brûlante, une haleine empoisonnée. On lui avait donc dit vrai ! Petit Billy ne devra son salut qu'aux branches basses d'un arbre qui lui tend les bras pour qu'il grimpe jusqu'à la cime. Et c'est là que survient l'incroyable, la rencontre avec le petit peuple de l'arbre, une minuscule société, confortablement installée au creux de l'arbre, ne posant jamais le pied au sol. Petit Louis découvre là une civilisation entière, cachée, vivant en symbiose avec les oiseaux. Débute alors une aventure haletante.

Les Minuscules est un de ces trésors de l'enfance absolument indispensables, vraiment à part dans l'oeuvre de Dahl, car débarrassé du côté grinçant des ses romans et nouvelles. Le recul est à chercher dans l'appropriation des mythes et classiques : le dragon, la forêt, David contre Goliath, le Petit chaperon rouge, jusqu'au Merveilleux voyage de Nils Holgersson de Selma Lagerlöf. Dahl affirme ici le pouvoir de l'imagination de l'enfant contre la rationalité de l'adulte, mais surtout il nous parle de l'enfance qui s'éloigne, à l'image du cygne qui bientôt ne pourra plus porter Petit Louis sur son dos.

Les illustrations de Patrick Benson renforcent la délicatesse du propos. Au plus près des Minuscules, il nous montre leurs intérieurs douillets, le foisonnement de l'arbre, la présence du monstre à travers ses exhalaisons enflammées. Le dessin à la plume est précis, vivant, d'une grande bienveillance, mais sait se mettre au diapason de l'aventure.

Je m'en voudrais d'oublier ici l'élégante traduction de Marie Farré qui donne à ce texte toute la fluidité nécessaire à la lecture à voix haute qu'on ne manquera pas d'offrir aux plus jeunes.

J'ai lu ce texte dans l'édition de 1991, un album de format moyen qui rend justice aux illustrations. On le trouve aujourd'hui dans une édition de poche nettement moins confortable.

Voir ici la lecture qu'en fait Céline.

 

Les Minuscules (The Minpins)

Roald Dahl

illustré par Patrick Benson

traduction de Marie Farré

publié en 1991

par Jonathan Cape Ltd pour l'édition anglaise

Gallimard pour l'édition française

Folio Cadet

 

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encore des questions ?

Publié le par Za

Ne le niez pas. Je le sais, vous vous posez des tas de questions sur l'album. Il n'y a pas de honte. L'album est une machine protéiforme qui a une fâcheuse tendance à se dérober dès qu'on l'approche, à devenir complexe dès qu'on s'y intéresse. Voici pour vous de quoi avancer sur la route sinueuse de la connaissance de ce machin étrange...

encore des questions ?

Expliquer l'album à des enfants n'est pas chose aisée, encore que. Yann Fastier se met en scène face à un petit bout de classe, parfait échantillon scolaire et humain. Ce dispositif rend le livre vivant et jubilatoire. J'y mettrai un bémol cependant : il y a rarement un seul casse-pied rabat-joie dans une classe.

De l'idée qui germe puis fleurit dans l'esprit du créateur jusqu'au lecteur, l'auteur/intervenant fait preuve d'un enthousiasme communicatif pour expliquer, éclaircir, aplanir, en un mot illuminer l'esprit du lecteur débutant.

encore des questions ?

Encore des questions ?, c'est comme soulever le capot pour fureter entre les rouages. Car si Yann Fastier use de la métaphore arboricole pour expliquer la naissance de l'album, pour donner à voir l'idée première, il vous faudra vite mettre les mains dans le cambouis, entre droits d'auteurs et rotatives. Aucune étape de la création de l'objet livre n'est omise, chaque acteur est présenté précisément, dessiné avec soin, pour ne pas dire avec une certaine  ressemblance...

Une fois le livre publié, on se penche sur son fonctionnement, l'articulation subtile entre le texte et l'image, la différence entre texte illustré et album, car la définition de l'album se situe dans l'intention autant que dans la forme. Les images racontent l'histoire autant que le texte, ni plus, ni moins. Ne nous y trompons pas, il y a une véritable prise de position. D'abord dans la présentation des quatre dispositifs texte/image possibles. Car lorsqu'on dit que le rapport de répétition, où l'image est redondante, purement illustrative, est l'articulation la moins intéressante qui soit, force est de constater qu'il est aussi largement répandu, et pas seulement dans les livres destinés aux tout-petits. De la même manière, le passage consacré au dessin proprement dit et à la distinction entre technique et style montre à quel point maîtriser parfaitement la technique n'est pas suffisant pour faire un album réussi et qu'une bonne image n'est pas un simple exercice de virtuosité.

Au-delà du côté didactique du propos, assumé et jamais ennuyeux, ce livre propose aux enfants un questionnement sur l'album, une manière d'analyser ce qu'on lui met entre les mains. Une fois qu'on sait comment fonctionne ce type d'écrit, une fois qu'on en devient un lecteur expert, on peut alors se prononcer sur sa qualité en toute connaissance de cause, en dépister les facilités, les malhonnêtetés, en découvrir les trésors et les apprécier encore mieux.

 

Yann Fastier

Encore des questions ?
L'album de l'album

L'atelier du poisson soluble

mars 2013

 

Ce livre est le prolongement parfait de l'ouvrage de Sophie Van der Linden,

Lire l'album, également publié par L'atelier du poisson soluble.

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le pêcheur de nuages

Publié le par Za

 

C'était un jour comme un autre, un jour d'automne, un jour un peu gris, mais sans remous. Ce jour-là, un homme a poussé son bateau sur un banc de sable et y a jeté l'ancre.

 

Ce genre de début inaugure généralement un branle-bas des habitudes, une explosion de curiosité, en un mot un joli bazar. Mais sans bazar, pas d'histoire, alors ne nous plaignons pas qu'au réveil, on trouve des poissons plantés dans le sable, comme tombés du ciel.

le pêcheur de nuages

Les habitants de la ville épient, espionnent, traquent. Et à la méfiance succède l’hostilité lorsqu'on découvre la provenance de la pêche miraculeuse. Les apprentis sorciers se mettent au travail, pour leur plus grand malheur. Les citadins, dérisoires manipulateurs de manettes, seront finalement rattrapés par le vent et les nuages.

le pêcheur de nuages

Imaginez un monde où seul le végétal aurait échappé au bidouillage humain. Un fouillis organisé et froid où les moutons ont un je ne sais quoi de mécanique, où même les poissons sont gagnés par la ferraille. Là où d'autres auraient tracé des bords de mer ombrageux, des paysages maritimes, Einar Turkowski préfère nous laisser imaginer la ville à partir de détails, steampunk gris et léché, virtuose, fragile, gagné par le sable. Un style de dessin d'autant plus remarquable qu'il est ici mis en valeur par le contraste avec la rugosité des nuages. Et que dire de cette planche naturaliste et mécanique tout à fait réjouissante qui mêle oiseau, poissons et machines hasardeuses.

Je suis toujours épatée par l'art de Turkowski à manier le gris - mis en valeur par le blanc du papier et le soin de l'édition. Il soigne le détail jusqu'à l'obsession, mêle mécanique et nature en laissant le lecteur décider qui des deux aura le dessus.

 

 

Le pêcheur de nuages

Einar Turkowski

texte français de Christophe le Masne

2007 (première parution en Allemagne 2005)

Autrement

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plume & toile

Publié le par Za

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Quoi de plus léger qu'une plume ?

Et quoi de plus fin et délicat que le dessin d'Isabelle Simler ?

Son album Plumes virevolte entre le graphisme magnifiquement dépouillé d'oiseaux touchants ou majestueux et le réalisme de leurs plumes, rendues telles qu'elles, jusqu'à la moindre barbe de duvet.

 

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C'est un album presque sans texte que l'on pourrait de prime abord prendre pour un imagier superbe. Ou encore les archives d'un collectionneur - il parait que ça s'appelle un ptérophile. D'ailleurs, il y a un collectionneur. Inattendu, espiègle, élégant, bien présent mais discret, une silhouette, parfois à peine une ombre. Et c'est alors que l'imagier est rattrappé par la narration. Mais là où ses congénères félins seraient prédateurs, lui est esthète. Et comment ne pas s'arrêter devant la beauté de ces oiseaux, ibis flamboyant, mésange quotidienne, tous aux aguets, le regard en alerte, pas tranquilles, dans un style peut-être influencé par les images de Charley Harper - que je vénère - dans cette économie de moyen qui va à l'essentiel, dans cette élégance absolue.

 

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Encore une histoire de collectionneur. De ceux qui rentrent de balade les poches pleines de petites choses qui n'ont l'air de rien, mais valent bien leur pesant de poésie, d'histoires en devenir. De ceux qui vous remplissent la baraque de branches, glands, bogues... Cette fois, c'est l'araignée aux longues pattes qui s'y colle, prélevant délicatement autour d'elle des trésors évocateurs. Chacune des merveilles présentées sur la page de droite est déclinée en face sous toutes ses formes.

 

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Et voilà des planches botaniques qu'un coup de vent aurait dérangées, des tiroirs d'entomologistes dont les insectes seraient prêt pour la grande évasion. Pas une de ces pages qui ne soit infiniment vivante ! Et modeste. Quelques brindilles, des cailloux, et des fleurs quotidiennes, des plantes de rien du tout. Tout ce dont l'araignée a besoin pour réaliser son oeuvre, pour arriver à la spectaculaire dernière page, aussi délicate que de la dentelle.

 

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Comme souvent - toujours ? - , les éditions Courtes et longues ont fait des merveilles avec ces albums. Choix du papier, soin apporté à la couverture, dont le grain me ravit, rendu des couleurs... Voici deux livres à caresser autant qu'on les lit. Et puis certains savent que je fais partie de ceux qui reniflent les livres. Et ceux-là sentent si bon ! Chaque fois que je les ouvre, c'est ce parfum qui vient le premier, avant l'image. Et il est d'un suave que vous ne pouvez imaginer ! Une odeur de livre qui vous plonge dans votre addiction instantanément. Si ça, c'est pas un argument !

 

 

Plume

La toile

Isabelle Simler

éditions Courtes et longues

mai 2012 & février 2013

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