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donc, l'été #1

Publié le par Za

donc, l'été  #1

Et donc, l'été.
Parce que l'été, on lit. Comme au printemps, en hiver et en automne. Mais davantage, parce que quand il fait 41 degré, entre deux bains, on ne peut que lire. Et même s'il faisait moins chaud, on lirait tout de même, comme activité de base.
Bref, la pile est lue? il est temps de faire un petit bilan et, ce faisant, d'alimenter un peu ce Cabas à l'agonie.
Commençons par le roman qui n'est pas présent à l'image.

donc, l'été  #1

Un grand coup de cœur pour ce roman choral et italien dont le personnage principal est un immeuble à plusieurs têtes, à plusieurs voix, à plusieurs vies. La famille de Massimo et de sa soeur Margo', les voisins Bellini, Fiamma et Sara, un monde sur quelques étages qui se côtoie, se rencontre. Il y a aussi Celeste et Rudy, les meilleurs amis de Massimo, Vito, son ennemi intime. Des parents, des ados, des malentendus, des choses à se dire... Les voix s'entremêlent, partagent les évènement en successions plus ou moins rapides. Une quinzaine de personnages qui raconte la même histoire, sans jamais nous égarer, et c'est le tour de force de Lorenza Ghinelli. On s'attache à tous, à la simplicité du quotidien, aux moments qui bouleversent une vie, aux plats qu'on partage, qu'on refuse, au chat, au chien.
Le dispositif permet de passer au-delà des apparences, d'entendre quasi-simultanément le point de vue de chacun, de pratiquer une empathie à géométrie variable, mouvante, au plus près de l'humanité de chacun.
Ce roman est un bijou d'humour et d'intelligence. A lire toutes affaires cessantes !

Heureusement que le chien, lui, est un type bien
(Almeno il cane è un tipo a posto)
Lorenza Ghinelli
traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bokobza
éditions Thierry Magnier, 2018

 

Publié dans romans

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Printemps de chien

Publié le par Za

Et de 4 !

Printemps de chien

Ce matin, pas question de perdre une minute de printemps !
Mon Gaspard ronflerait sans doute jusqu'à midi; mais moi, à midi, j'avais bien l'intention d'être déjà toute sale, avec un tas de dégâts à raconter.

Viens, lecteur, que je te parle un peu de moi, mais pas longtemps.
Je n'ai jamais vécu en compagnie d'un chien - ni d'un chat, dieu me garde !
Donc, je n'y connaissais strictement rien. L'animal domestique m'était une terre inconnue, un sujet obscur et fort éloigné.
Jusqu'à ce que je rencontre Gurty et découvre sa vie trépidante. Quelle plume, ce chien ! Un texte au style vivant et alerte qui se lit tout seul, le plus souvent en pouffant, voire en rigolant carrément. Parce qu'au quatrième tome, on pouvait s'inquiéter un brin. Peut-on tenir le rythme, renouveler les facéties, conserver l'esprit à la fois naïf et frais qui caractérise la série depuis le début ? La réponse est simple, lecteur chéri qui est déjà en route vers la librairie indépendante préférée, et c'est : MAIS BIEN SÛR, VOYONS !

Printemps de chien

Parce que la nature et les vacances ont ceci de commun qu'elles se renouvellent sans cesse et offrent chaque jour de nouveaux bonheurs. Dans ce nouvel opus, lecteur que j'aime et qui fait la queue à la caisse pour s'acquitter des modiques 9.90€ que lui coûteront ce livre, on retrouve Fleur (obligé), Tête de Fesses (incontournable), l'écureuil qui fait hihi (pfff) et les humains épatants que sont Gaspard et Pépé Narbier. Les Caboufigues sont aussi de la partie - mention spéciale à leurs charmants enfants, Donovan et Cassidy. Car oui, on peut s'appeler Donovan Caboufigues. Pour de bon.
On finit par avoir l'impression de retrouver, nous aussi, de vieux amis, un univers maintenant familier. Et ne me dis pas, lecteur qui sort maintenant de la librairie avec son petit sac en papier à la main, que tu ne jubiles pas d'avance, que tu ne presses pas un peu le pas pour rentrer vite et commencer ta lecture ! Mais cet univers familier est fragile et, entre deux rigolades, cette fois-ci, Gurty et ses amis devront défendre un arbre particulièrement hospitalier.

Printemps de chien

C'est nul, les hérissons. Ils sont comme la moutarde : il faut jamais les manger, sinon ça pique.

Et les petits nouveaux alors ? Sans vouloir spoiler divulgâcher, je dévoilerais juste un coup de cœur absolu pour Ftéphanie la hérissonne ! Elle est abfolument fenfafionnelle ! Le genre de personnage, pardon, de perfonnage que l'on retrouvera bientôt, c'est sûr ! Parce que, lecteur de mon cœur qui a terminé sa lecture le temps que j'écrive cet article - oui, je suis lente- tu as déjà remarqué le rabat de quatrième de couverture mentionnant l'existence future d'un cinquième tome intitulé Vacances chez Tête de Fesses !
Pour revenir à mon préambule, je me disais que ces Journaux de Gurty ne sont pas qu'une enfilade de rigolades, même si je m'amuse bien chaque fois, et si je constate qu'on s'amuse autour de moi, de 8 à 70 ans. Cette Provence que j'aime tant et que je partage avec Bertrand Santini (on a, par exemple, fréquenté les mêmes cinémas, ce qui n'est pas rien), avec ses platanes et ses cyprès, sert de toile de fond à une belle idée. Moi qui étais nulle en bestioles, je le répète, à force de les fréquenter, ces deux-là, Gaspard et Gurty, de papier ou de chair et de poils, l'idée de la bestiole a fait son chemin. Et si les enfants sortent de cette lecture avec l'idée que c'est quand même mieux d'être gentil avec les animaux et les arbres, notre Gurty pourra être sacrément fière.
 

Le journal de Gurty
Printemps de chien
Bertrand Santini
Sarbacane, collection Pépix
avril 2018

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le dimanche, je donne mon avis...

Publié le par Za

... d'autant plus que personne ne me le demande. 

Je suppose que tout le monde a vu passer ici ou là quelques pages de On a chopé la puberté (éditions Milan). Je vous les épargne ici, mais pour ceux qui rentreraient d'un trekking sur Pluton, sachez seulement qu'il y est question de la puberté chez les filles, envisagée du point de vue de la séduction, sur le thème chouette-j'ai-des-seins ou tu-vas-pouvoir-emprunter-les-stilettos-de-maman-veinarde. Ces pages m'ont choquée, atterrée, énervée, attristée. Ceci dit, je n'ai pas eu le livre en main - contrairement à Lucie Kosmala - et je m'énerve sur quatre ou cinq pages choisies - et pas choisies par moi, qui plus est.

Alors, nous en sommes toujours là. Comme si les auteurs-éditeurs de ce livre n'avaient rien vu passer ces trois derniers mois (une rando sur Proxima du Centaure sans doute), comme si en 2018, on pouvait encore expliquer à des gamines de 10 ou 12 ans que la transformation de leur corps est une super aubaine pour affoler les garçons. A l'occasion, on peut aussi se demander quels garçons on vise, quelle image de la femme on leur propose et que font les filles qui auraient plutôt envie de plaire à d'autres filles, mais je m'égare.

L'éditeur précise que tout cela est bien entendu de l'humour. Qui l'a cru ? Quelle mauvaise foi crasse. Mais on te dit que c'est pour rire ! Ah pardon, je n'avais pas compris. L'intervention de Blanche Gardin, vendredi soir, au cours de la cérémonie des Césars, est un parfait exemple de second degré, d'humour noir et grinçant qui ne saurait être censuré sous prétexte qu'il ne fait pas rire tout le monde. Je vous propose cet extrait - si jamais vous reveniez d'un séjour all inclusive à bord de la Station Spatiale Internationale...

De l'humour donc. Mais de l'humour pour adulte. Et j'avoue qu'en lisant les passages incriminés de On a chopé la puberté - déjà le titre... - le second degré ne m'a pas sauté aux yeux et je n'ai pas esquissé l'ombre d'un sourire. Mais je ne suis pas la cible visée, mais je n'ai pas d'humour, mais je suis pénible à m'inquiéter de l'éducation qu'on offre aux enfants, mais je suis aigrie à force de préférer leur offrir des livres de qualité, à force de penser que cette préoccupation est sérieuse.

Alors, que fait-on de ce livre ? Parce que, sous le coup de la colère et du découragement, je n'ai pas appuyé d'un index rageur sur le rectangle orange de la pétition réclamant le retrait de la vente de cet ouvrage. Quelque chose m'a retenue. Tout d'abord une méfiance toute personnelle à l'égard des pétitions en ligne, vite cliquées, vite oubliées. Mais aussi le fait sans doute que je tiens dans la même détestation le sexiste et la censure, ou, en restant positive, que je tiens dans le même amour l'égalité et la liberté, le débat et l'éducation.

Alors oui, ce livre est sans doute issu de la même paresse, du même marketing pur que tous les autres livres dégueulant de rose et de bleu contre lesquels on se bat chaque jour. Oui, ce livre est une publication d'arrière-garde, néfaste pour qui le recevrait au premier degré. Oui, le contenu de ces pages me débecte.

Mais le pilon, le pilori, l'autodafé, le trollage ne sont pas nos méthodes. N'ayons pas la mémoire trop courte, et n'employons pas les méthodes de ceux qui ont pourri la vie de Thierry Lenain, de Marc Daniau et Claire Franeck...

le dimanche, je donne mon avis...

Et si on refuse l'éructation et l'anathème, que nous pouvons-nous faire ?
Débattre.
Discuter.
Argumenter.
Hausser le ton.
Écouter.
Répondre.
Essayer de montrer l'exemple.
Mais c'est du boulot.
Et j'oubliais, offrir aux filles et aux garçons, ce genre de livres :

le dimanche, je donne mon avis...

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deux ours

Publié le par Za

Il y a documentaire et documentaire. En voici deux pas banals, mêlant information et poésie avec bonheur.

deux ours

L'ourse voit arriver l'automne. Elle est seule et semble accomplir un rituel qui la mènera vers l'hiver, puis vers la saison douce. Ce récit de vie, sans heurt, mène le lecteur vers la renaissance de la nature et la naissance de l'ourson.  Des phrases simples, évocatrices, économes de mots éclairent le jeune lecteur sans l'assommer d'informations, comme pour ouvrir le robinet à questions.

deux ours
deux ours

Mais il faut avouer que la réussite de ce très bel album tient aux illustrations de Lucia Cobo. Subtiles et majestueuses, elles suivent l'ourse dans son élément, dans ses éléments. Les arbres, la nuit, l'air et la neige. Chaque double page plante un décor onirique sans pour autant perdre de vue le but documentaire.
Un magnifique album à déposer sur les petits souliers des plus jeunes des minuscules.

L'ourse
José Ramon Alonso & Lucia Cobo
Didier Jeunesse, avril 2017

deux ours

Figure emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique, l'ours polaire a été mis à toutes les sauces - la plus belle étant à mon goût les ours en armure des Royaumes du Nord de Philipp Pullmann, mais c'est une autre histoire.
L'ours polaire commence par une mise en abime franche et directe avec un petit personnage à couronne rouge un peu pyjamateux et qui s'installe confortablement pour lire L'ours polaire, celui-là même que vous avez entre les mains. C'est le début de la belle balade, à la suite du somptueux animal.

deux ours
deux ours

Le texte est nettement plus fourni que dans l'album précédent, mais il est là encore très abordable et tout à fait passionnant. Les images présentent la rencontre entre l'ours et l'enfant, concession irréaliste au sérieux du propos. Car, s'il est majestueux et fascinant, l'ours polaire est proprement infréquentable, voire carrément dangereux. Ceci dit, tout concourt ici à le rendre proche. Jenni Desmond joue sans cesse avec les contrastes de taille, les paysages surdimensionnés, le blanc et le bleu, la lourdeur et le mouvement. Une fois le livre lu, et on n'est pas obligé de l'avaler d'une traite, on revient forcément vers les images, pour s'y replonger une fois encore.
Et de deux, sous le sapin !

L'ours polaire
Jenni Desmond
Les éditions des éléphants, octobre 2017

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Cavale & Une histoire d'amour

Publié le par Za

Dans les catégories d'âge qu'on attribue parfois aux livres, vous connaissez bien entendu la littérature dite young adult, à mi-chemin entre ado et adulte. Entrons aujourd'hui, lecteur fidèle (et patient), dans la littérature old child, autrement appelée je-lis-encore-des-albums-et-alors ? En temps qu'ancien enfant, je me sens parfois chouchoutée par les auteurs-illustrateurs d'albums jeunesse, au point de m'en croire seule destinataire. Non pas que les ouvrages dont il va être question ne sont pas destinés aux enfants, loin s'en faut. Mais l'adulte qui les lit loin de toute contingence enfantine, y trouvera grandement son compte.

Cavale & Une histoire d'amour

Cavale d'abord. Mais qu'elle est énigmatique cette couverture ! La citation de Christian Bobin placée en exergue ne l'est pas moins. Habitués aux couleurs de Rébecca Dautremer, nous voici dans le sépia, dans l'ombre. Le bien nommé Cavale court sans cesse. Il court de peur que Fin ne le rattrape. Ce n'est pas lui sur la couverture, le petit homme sous le grand chapeau, c'est Maintenant. Il est l'enfant de Cavale et de Montagne, la seule qui a réussi, de manière un peu brutale, à arrêter la folle course. Le dessin s'étend en pleine page ou se fractionne en séquences, donnant l'impression du mouvement.

Cavale & Une histoire d'amour

Le texte métaphorique de Stéphane Servant se lit discrètement, en orange sur fond blanc, se met parfois en retrait, laissant à l'image plusieurs doubles pages de suite avant de reprendre sa place. Le dessin court et le texte pose le temps de la réflexion. Aux images l'action, les cris, aux mots la mise à distance de la peur et de la fuite. Car Cavale fuit du haut de ses quelques paires de jambes, il fuit devant Fin l'inéluctable. Cette belle leçon de vie, à qui est-elle destinée ? Doit-on l'accompagner d'une explication de texte, au risque de l'affadir ? Ne serait-il pas plus juste de laisser la compréhension du jeune lecteur en l'état, aux prises avec les évocations qui lui seront accessibles, jusqu'à une prochaine lecture différemment éclairée, jusqu'à une lecture de young adult ou d'old child ?

Cavale
Stéphane Servant & Rébecca Dautremer
Didier Jeunesse, octobre 2017

Cavale & Une histoire d'amour

Dans le bestiaire Bacheletien, on connaissait l'éléphant le chat, l'autruche, le champignon, l'escargot... Voici le gant. Mais pas n'importe lequel. Le gant domestique, celui qui ne sort jamais dans la rue, le mal aimé, voué aux pires travaux, à la sale ouvrage : le gant Mapa (petit R dans un rond).
Georges et Josette se rencontrent à la piscine, tombent amoureux, se marient, ont des enfants, des hauts et des bas, une vie entière de gants ménagers dans le confort d'un intérieur bourgeois et de bon goût - il n'est qu'à voir la toile de Jouy recouvrant les murs. Rien de plus banal que cette histoire me direz-vous. Mais à en juger par le temps passé à scruter chaque page et les rires ponctuant cette lecture jubilatoire, rien n'est ici banal. Le souci du détail dont Gilles Bachelet pare chacun de ses albums est, à mon sens, la plus belle marque de respect que le dessinateur destine à son lecteur - et à sa lectrice, c'est à dire moi. Tout cela fourmille de références trempées dans l'absurde, de clins d’œil aux précédants albums, de marques de connivence envers les Bacheletophiles, sans pour autant laisser sur le bord du chemin les primo-Bacheletiens.

Cavale & Une histoire d'amour

Je pense cependant, et je ne crois pas m'avancer, que le lecteur d'âge minuscule, à partir de 7 ou 8 ans, et pour peu qu'on lui ait fourni un début de sens de l'humour, ne manquera pas de se bidonner devant l'éclosion des petits canards wc, l'enthousiasme de la brosse de compagnie, et pour peu qu'il ait le sens du détail, la collection de cravates de Georges devrait le mettre en joie.

Une histoire d'amour
Gilles Bachelet
Seuil Jeunesse, novembre 2017

 

Cavale & Une histoire d'amour

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Miss Pook

Publié le par Za

Miss Pook
Miss Pook

- Voyons, voyons mon Cabas chéri... Depuis combien de temps n'avons-nous pas ici évoqué un roman de Bertrand Santini ? [Oui, je voussoie mon cabas. Cela met de la distance tout en exprimant le respect que je lui porte.]
- Deux mois, quasiment jour pour jour.
- Et en voici déjà un autre ! Quelle année ! Que diriez-vous de celui-ci, Cabas joli ? [Je l'avoue : le Cabas lit les livres avant moi.]
- Euh...
- Vous hésitez ?
- Il faut avouer que celui-ci est pour le moins inattendu.
- Mais encore...
- Eh bien, tout commence comme dans Mary Poppins. C'est une référence assumée, mais pour mieux la dynamiter. Miss Pook lui ressemble furieusement, si ce n'est que l'action se situe à Paris en 1907. Elle prend ses fonctions de gouvernante dans une maison bourgeoise du quartier du Marais. Et c'est là que l'histoire dérape. Car Miss Pook est une sorcière, une Mary Poppins punk. Elle enlève Élise, la fille dont elle a la charge et l'emmène sur la Lune où les attendent d'autres pensionnaires pour le moins inhabituels.
- La Lune ? En 1907 ? Vous divaguez, Cabas !
- Je viens de dire qu'elle était sorcière. Si vous m'écoutiez de temps en temps... Elles gagnent ensemble la Lune sur le dos d'un dragon chinois, un de ces cerf-volants de papier. C'est ce que l'on voit sur la couverture du livre. L'image est signée de Laurent Gapaillard qui, une fois de plus, ne s'est pas moqué du monde, si vous voyez ce que je veux dire.
- Je vois, Cabas adoré, je vois très bien ce que vous voulez dire. Et une fois sur la Lune ?
- Une fois sur la Lune, c'est du Bertrand Santini tout craché ! Vampires, faune, créatures, et d'autres sorcières encore, roulant les R comme chez Roald Dahl [Z'avez-vu ? Le Cabas a des références.] On tombe de Charybde en Scylla lunaires, c'est Élise au Pays des Horreurs !
- Ça va aller, les références, Cabas ? Point trop n'en faut, siouplé.
- Point trop n'en faune.
- [Accablement]
- La relation entre les parents et leur progéniture est au centre de ce roman, le prénom des sorcières ne trompant personne. Mais je m'en voudrais de trop en dire. Sachez seulement qu'on retrouve ici ce qui vous plait tant dans les romans de Bertrand Santini : ce style à la fois limpide et précis, un humour ici en demi-teinte et quelques clins d’œil qui sauteront aux vôtres.  Vous apprécierez en passant - page 8 - la présence d'un de ces zeugmas qui fait votre joie. Il faut enfin que je vous dise que Fiston a dévoré ce roman en un temps record et a bien remarqué la mention "Fin de l'épisode 1". Il est au comble de l'impatience, tout comme moi ! Je ne saurais donc trop vous conseiller cette formidable histoire !
- Merci Cabas.
- De rien, ma vieille !

Miss Pook et les enfants de la Lune
Bertrand Santini
illustration de couverture : Laurent Gapaillard
Grasset Jeunesse, novembre 2017

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Pfff...

Publié le par Za

Puisque l'ennui a des vertus (et j'en suis persuadée), voici l'album idéal ! 

Pfff...

Commençons par la bouille tout à fait réjouissante des deux principaux protagonistes de cette histoire de prime abord peu violente. Tout est là, dans la fatigue de la vacuité à peine surjouée. Les connaisseurs en minuscules (anciens minuscules eux-mêmes) reconnaitront l'outrance du regard las au bord de l'évanouissement, à bout de forces tellement on n'a rien à faire, Merle et Roro s'enquiquinent à cent sous l'heure, s'emm... comme des rats morts. Tout est nul. Chaque proposition de leur père est jugée comme profondément inintéressante.
Parents d'enfants de cet âge-là, disons entre 5 et 8, scrutez leur expression à ce moment précis. C'est la préfiguration de certains délicieux moments de l'adolescence... Un avant-goût. Et hâtez-vous d'en sourire avec attendrissement. Cet instant est (heureusement) fugace et passe comme l'éclair à la première bêtise rigolote.

Pfff...

Claude K. Dubois frôle le génie dans la description de ce moment somme toute banal. La vie déborde de chaque image, dans le rien qui accable les premières pages comme dans l'enthousiasme de l'activité trouvée - et que je vous laisse découvrir tant elle ne fait rire qu'en contexte. Tout le monde se reconnaitra ici, enfant et parents et partagera une tranche de rigolade, de celles qui dissipent l'ennui à coup sûr !

Pfff...
Claude K. Dubois
Pastel, septembre 2017

Pfff...

Publié dans albums, Claude K. Dubois, Pastel

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Jusqu'ici tout va bien

Publié le par Za

C'est à se demander si on n'écrit pas sur les livres simplement pour meubler cet espace de vacance entre deux lectures, ce moment où l'on termine un livre et où l'on n'ose pas encore ouvrir le suivant parce que ce serait comme manquer de respect au premier en s'en détournant trop vite. Ça n'arrive pas toujours. Mais parfois c'est criant, presque gênant.
Et ça m'est arrivé pas plus tard que l'autre jour, au milieu du jardin. Je venais de terminer Jusqu'ici tout va bien.

Jusqu'ici tout va bien

État de New-York, 1969. Doug Switeck est le benjamin d'une fratrie de trois - dont l'un combat au Vietnam. Les temps sont durs, le père, violent et borné, change de travail et c'est le déménagement. Nouvelle ville, nouveau collège, nouvelles épreuves dans une ambiance familiale à couper au couteau.
Jusqu'ici tout va bien ne déroge pas aux règles du roman de formation. Doug doit s'émanciper de sa famille pour grandir et c'est la bibliothèque qui va lui servir de premier tremplin. Non pas qu'il aime les livres, loin de là. Mais cette bibliothèque, ouverte un seul jour par semaine, renferme un trésor inattendu et très éloigné des préoccupations et des goûts de l'adolescent : un précieux exemplaire des Oiseaux d'Amérique d'Audubon. J'ai croisé un de ces livres lors d'une exposition il y a quelques années et, croyez-moi, c'est spectaculaire (98cm x 76 cm) . Aububon (1785-1851) a reproduit les oiseaux grandeur nature, quitte à les tordre un brin pour qu'ils rentrent dans la page. D'où le célèbre flamant rose - qui ne figure pas dans le roman ceci dit.

Jusqu'ici tout va bien

Ce livre conduit Doug à découvrir son don pour le dessin, presque à son corps défendant. Et c'est toujours à reculons qu'il entre en littérature, grâce à l'obstination de son professeur de lettres et à une drôle de vieille dame, peut-être écrivaine mais pas sûr. Et puis le théâtre est là aussi, en embuscade. Jusqu'ici tout va bien se prête, comme tout grand roman, à de multiples angles de lecture. J'avoue avoir été touchée par l'irruption de l'art dans cette petite ville et la manière dont Doug, d'abord réticent - comme nombre d'adolescents, se laisse envahir, acceptant cet apport inattendu avec simplicité, sans craindre le jugement des autres, sans craindre de s'éloigner de sa famille.
Partant de si loin, du fond de la violence paternelle dont on aperçoit en cours de récit jusqu'où elle peut aller, porté par l'amour de sa mère, qu'il porte lui aussi à bout de bras, Doug grandit, se construit, résiste, garde sa dignité en toutes circonstances. C'est un héros inspirant, infiniment touchant.
Jusqu'ici tout va bien est aussi le roman d'une époque où les jeunes gens envoyés combattre au Vietnam rentrent mutilés, broyés moralement dans un pays qui ne veut pas les voir. C'est aussi le roman d'une époque où l'humain va marcher sur la Lune, renvoyant bien loin les frontières du possible.
Le texte de Gary D. Schmidt transcende les catégories littéraires. Publié par l’École des Loisirs dans la collection Médium+, il peut/doit être lu par tous. Écrit à la première personne et marqué par des interpellations régulières du héros au lecteur,  c'est un grand roman d'apprentissage, traversé de personnages modestes et inoubliables, chacun marquant de son empreinte le parcours du héros et le souvenir de celui/celle qui lit.

Jusqu'ici tout va bien
"OK For Now", 2011
Gary D. Schmidt
traduit de l'anglais (États-Unis) par Caroline Guilleminot
L'école des loisirs, coll. Médium+
octobre 2017

Sur ce roman, vous pouvez également lire
les articles de Sophie Van der Linden et de Pépita .

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L'oiseau de Colette

Publié le par Za

L'oiseau de Colette

Des cartons dans le jardin. On déménage, on emménage et tout est à recommencer. Dans ce quartier en noir et blanc, le ciré jaune de Colette fait office de lumière. Son ciré et la mention fragile, qui éclate sur un carton vide. C'est cette boite banale entre toutes qui sert de prétexte à Colette pour entrer en contact avec les enfants du quartier. Dans le carton, il y avait son animal de compagnie - parfaitement imaginaire, qui s'est enfui.

L'oiseau de Colette

De rencontre en rencontre, l'imagination de Colette brode autour de cet animal. Il s'étoffe, prend des couleurs, un nom, devient extraordinaire au fur et à mesure que la bande s'agrandit. Et personne ne trouve à redire, personne ne doute des talents de cette perruche devenue géante au détour d'une rue. Le groupe fait corps autour de Colette qui balade son petit monde, au sens propre autant qu'au figuré.

L'oiseau de Colette

Il n'est pas ici question d'affabulation, encore moins de mensonge, évidemment. Colette parvient à fédérer une bande autour de la possibilité d'un oiseau fantastique. Peu importe qu'il existe ou non, la force de l'imagination et le plaisir de consentir à l'histoire suffisent.
La belle sensibilité d'Isabelle Arsenault fait mouche un fois encore. Avec une saine économie de moyens, elle nous fait adhérer sans réserve à cette petite bande accueillante. On en redemande,  et on en aura encore : Isabelle Arsenault nous promet en fin de livre d'autres aventures de La bande du Mile-End, quartier de Montréal où elle réside.

Isabelle Arsenault
L'oiseau de Colette (La bande du Mile-End)
Colette's Lost Pet (A Mile End Kids Story)
Les éditions de la Pastèque, mars 2017

L'oiseau de Colette

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le journal de Gurty - Marrons à gogo

Publié le par Za

le journal de Gurty - Marrons à gogo

A chaque saison ses vacances. Celles d'automne ne sont pas les moindres, et je peux vous assurer que je m'y connais en vacances. Je l'ai toujours dit : l'automne, y a pas mieux comme saison. Et ce n'est pas parce que je suis née au mois d'octobre, non. L'automne a quelque chose d'indéfinissable, de délicieux. Je ne savais trop comment définir ce goût de l'automne lorsque je suis tombée sur la quatrième de couverture de Marrons à gogo.
J'avais ma réponse.

En automne, la nature sent des fesses. Tout pourrit, tout croupit, tout moisit. N'est-ce pas fabuleux ?

Eh bien si, c'est fabuleux. En automne, on peut s'enfouir dans des tas de feuilles perclus d'odeurs délicieuses, on peut goûter le vent, le soleil se couche plus tôt, ce qui fait davantage de nuit et d'occasions de rêver. L'automne est la saison propice à l'aventure, à la magie. Puisqu'on vous dit que c'est fabuleux ! Et ça l'est encore plus à hauteur de chien, vous pouvez faire confiance à Gurty.

le journal de Gurty - Marrons à gogo

Comme toujours mais mieux, Bertrand Santini mêle candeur et rigolade, gravité, poilade, et suspens. Sans parler de l'utilisation réjouissante du mot faribole. La marque de fabrique des journaux de Gurty demeure le décalage entre la vision que nous pouvons avoir du monde, des châtaignes, des cerfs-volants et des tas de feuilles et le point de vue de la petite chienne.

Chaque automne, mon Gaspard et moi, on se régale avec un jeu super.
Lui, il s'amuse à faire un gros tas avec les feuilles éparpillées devant la maison, et moi, dès qu'il a fini, je saute dans le tas pour tout disperser.
Alors il s'amuse à tout recommencer depuis le début en criant, alors je ressaute dans le tas pour tout disperser, alors il s'amuse à tout recommencer depuis le début en criant, alors je ressaute dans le tas pour tout disperser.
Je vous avais bien dit que c'était super !

le journal de Gurty - Marrons à gogo

La galerie de personnages qui fait tout le sel des deux précédents tomes est encore là, les amis fidèles, les meilleurs et les pires. L'indétrônable Fleur, le répugnant - mais indispensable - Tête de Fesses sans oublier l'écureuil. Dans le premier tome, il faisait hi hi et il agaçait. Dans le deuxième tome, il faisait bla bla et il agaçait. Aujourd'hui, il fait houuuuuuu et il agace, c'est plus fort que lui. Il faudrait un jour y revenir sérieusement et consacrer une chronique complète à ce personnage plus complexe qu'il n'y parait, retors, bougrement malin. Mais agaçant. Si l'amitié est toujours au centre du propos, les relations entre espèces prennent ici un relief nouveau, exempt de tout spécisme. Je ne saurais trop vous conseiller le récit de la création de la Terre par les chats...

- Voyez-vous, au commencement, la Terre était uniquement peuplée de chats et de souris, a poursuivi Tête de Fesses. Ah, mes amies ! Quel paradis c'était ! L'harmonie et la beauté régnaient sur cette planète unique au monde, diamant solitaire flottant au milieu du cosmos. Dans cet Eden, chats et souris s'entendaient comme lardons en foire. Nous nous amusions tout le jour avant de nous quitter le soir - les chats, le coeur content, et les souris, les tripes à l'air...

Et pour savoir comment l'humain intervient dans ce tableau idyllique, rendez-vous à la page 106. L'humain, justement, dont Gurty découvre qu'il ne lui veut pas que du bien, et pour des raisons parfaitement imbéciles qui plus est. Qui est l'animal de l'autre... Je pense sincèrement que ce troisième tome du Journal de Gurty pourra vous faire avancer dans cette réflexion. En disant vous, je me demande d'ailleurs à qui je m'adresse... Et je me sens obligée de rappeler que les trois volumes du Journal de Gurty s'adressent à tous, au lecteur adulte qui sait qu'un bon livre fait rigoler et réfléchir (et rigoler), et au minuscule qui sait parfaitement que les livres sont des amis indéfectibles. Et rigolos.

Le journal de Gurty
Marrons à gogo
Bertrand Santini
Sarbacane - Collection Pépix

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