ceux qui nous oublient nous assassinent

Publié le par Za

C'est cette phrase, un moment scandée par Fatou Diome qui pourrait donner la couleur, le goût de ce roman  - et pas le texte ridicule du bandeau éditeur..." le prix de l'amour "... au secours...

 

 

attendent

 

 

Une île du Sénégal.

Quatre femmes.

Deux mères , deux épouses qui attendent deux hommes partis un jour à bord d'une pirogue à destination de l'Espagne. On ne saura qu'à la fin combien de temps cette absence a duré, combien les enfants auront grandi, combien cette attente aura alourdi les jours et les nuits de celles qui s'obstinent en silence, ou presque. Les mères organisent le départ des fils vers une Europe fantasmée et prometteuse d'une vie meilleure pour tous. Elles les envoient au loin en toute bonne foi, et leurs brus attendent avec elles, font bouillir la marmite. Les unes ne savent pas lire, les autres sont allées à l'école, mais à la fin, elles sont toutes soumises au carcan du quotidien, à la polygamie, au regard sans pitié de la communauté. Plus douloureusement encore pour les secondes.

 

Les récits de cuisine rythment le récit; il fait trouver chaque jour de quoi manger, l'accommoder le mieux possible. Les mères comptent sur leurs belles-filles pour les seconder, voire les remplacer dans ces tâches harassantes, préoccupantes, où l'honneur même est parfois en jeu.

" Cuisine de peu d'ingrédients, plat rapide, pas le temps de jouer l'artiste en cherchant la meilleure présentation. Quand il s'agit de simplement tenir la carcasse d'aplomb, les repas nécessitent peu de préambules. C'est cuit, c'est servi, c'est tout. De toute façon, personne n'y verrait rien: avec la lampe tempête qui rougeoyait de pudeur, on distinguerait à peine la forme du bol, le toucher et l'odorat suffiraient à susciter l'appétit. Pour le goût, Arame avait écrasé des oignons et quelques épices, en signe de respect pour ces belles daurades qu'elle n'aurait jamais pu s'offrir. "

 

Et les hommes, pendant ce temps ? Les rares nouvelles ne sont pas rassurantes. Vont-ils revenir ? Fatou Diome répond à cette question en ménageant deux fins à son roman. "Celles qui attendent" est un texte sans concession pour l'Afrique, sans concession pour l'Europe.

 

Fatou Diome a le sens de la formule lapidaire - "Cette femme avait la délicatesse d'une éclaboussure." L'importance et la détermination du propos font passer au second plan le style un peu inégal à mon sens, et pourtant flamboyant par moment, à l'image des toutes premières lignes: " Arame, Bougna, Coumba, Daba, mères et épouses de clandestins, portaient jusqu'au fond des pupilles des rêves gelés, des fleurs d'espoir flétries et l'angoisse permanente d'un deuil hypothétique; mais quand le rossignol chante, nul ne se doute du poids de son coeur. Longtemps, leur dignité rendit leur fardeau invisible. Tous les suppliciés ne hurlent pas."

 

 

Voir l'avis de Gangoueus sur son excellent blog.

Publié dans romans, Fatou Diome, Flammarion

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Gangoueus 16/11/2010 21:13


C'est un plaisir!


Gangoueus 15/11/2010 21:04


Merci EliZAbeth pour le lien. Merci pour ton passage chez moi. C'est un très beau texte que Fatou Diome a mené à son terme sans se disperser. Ce qui est intéressant c'est le fait que certains ont
trouvé la fin un peu tiré par les cheveux alors que toi par exemple, elle a donné du sens à ta lecture.


Za 16/11/2010 18:40



Justement, la fin n'est pas monolithique, elle balance entre l'espoir et la fatalité.


Et, au fait, bienvenu par ici !